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07-12-2017

L’interview de Pompon : Concealed Reality

Pompon : Entretien avec Concealed Reality, quintet de Bruxelles, “né dans les bas fonds de Bruxelles en 2013”, selon sa bio. Alors, les bas fonds, ils sont où ?

Concealed Reality : Les bas fonds étaient à Simonis, à l’époque. Quand James, le chanteur du projet, a rejoint Concealed Reality en 2005, le groupe ne portait pas encore ce nom-là. Les anciens membres cherchaient un chanteur et James est arrivé. Pour en revenir aux bas-fonds, on les appelle comme ça parce qu’on a commencé dans une cave, comme beaucoup de groupes en somme.

Pompon : Au niveau du style musical, vous avez une base un peu hardcore, une base metalcore…

CR. : On est beaucoup influencés par les sonorités djent, même si on n’aime pas forcément ce terme parce qu’il ne nous correspond pas. Djent désigne un son particulier, développé par des groupes comme Meshuggah. Un power chord, en plus étouffé. C’est ça le djent, c’est plus une sonorité qu’un véritable genre.

Pompon : Donc le djent fait partie de votre global sound.

CR. : Il fait partie de nos influences de composition mais par petites touches qu’on rajoute à notre musique sans vouloir pour autant être catégorisés dans ce style. On veut petit à petit apporter notre univers, on commence avec l’EP qui sort prochainement. On veut arriver sur de la musique très groovy, qui donne envie de bouger mais en même temps on veut attirer les gens dans un univers très profond qui est le nôtre et c’est plus difficile. Sur un album, il faut réussir à faire accrocher les gens à l’univers et puis les faire plonger dedans. C’est toute la réflexion qu’on a pour le moment par rapport à ça, et c’est pour ça qu’on ne veut pas être catalogués dans un genre parce que il y a des gens qui disent qu’on fait du metalcore ou du heavy metalcore… qu’est-ce que c’est du heavy metalcore ?

Pompon : Il y a des maniaques de l’étiquette.

CR. : Oui, et nous on ne veut pas d’étiquette. En fait on brasse pas mal de paysages musicaux différents tout au long des chansons, ce qui rend notre musique très ambiant. Quand on écoute l’EP, on part sur des tonalités un peu asiatiques, puis on va vers quelque chose de très violent, très noir, avant de repartir sur quelque chose d’assez atmosphérique et on termine par une chanson très ambiant. On écoute plein de genres différents, on ne se bloque pas au metal. On en a parfois même marre. (rires) Il y a beaucoup d’atmosphères et d’instruments différents dans les chansons, pour apporter de la diversité. Même vocalement, la voix change beaucoup d’une chanson à l’autre.

Pompon : Les chansons, vous les composez ensemble ? Comment ça se passe entre vous ?

CR. : On s’influence tous les uns les autres. S’il y a des éléments que les autres n’apprécient pas dans un morceau, Berto, qui s’occupe beaucoup de la composition, va faire en sorte de les changer. C’est toujours ça l’objectif. La musique qu’on écrit, c’est par rapport à ce qu’on vit et ce que l’on ressent au sein du groupe. Si on ne vit rien, on n’écrit rien. On écrit sur ce qui nous entoure au quotidien, sur des sujets qui nous touchent continuellement. On n’a pas envie d’intégrer du politique dans notre musique, juste parce qu’on ne sait pas de quoi parler. Si on n’a rien à dire, on ne dit rien en somme. Il faut que ça nous vienne des tripes, notre musique est basée sur les émotions.

Pompon : Et au niveau de la résidence, qu’en attendiez-vous ?

CR. : Plus de cohésion et d’entente dans le groupe. Avant la résidence, on ne savait pas vers quoi on allait à vrai dire parce que, et ce n’est pas une mauvaise critique, la communication avec l’équipe de Court-Circuit n’a pas été au top, des mails se sont perdus. On avait eu un feedback lors d’une première réunion avec Grégoire deux mois avant la résidence. Puis pendant les deux mois suivants, nous n’avons pas eu beaucoup d’échanges d’infos. On préparait la sortie de l’EP, le clip, on était en plein tournage, nos journées défilaient très vite, on n’avait pas le temps d’y penser. A deux jours de la résidence du LOUD, on a appris qu’on ne devait pas débourser d’argent pour celle-ci, qu’on allait en profiter gratuitement, on est tombé des nues. Que des bonnes nouvelles, mais on ne s’y attendait pas du tout. (Rires) Puis notre manager a fait un planning parce qu’on savait pas du tout ce qu’on allait travailler lors de la résidence si ce n’est qu’on allait répéter et voir ce que ça allait donner. Il a envoyé à Grégoire le planning et lui a répondu par rapport à ce qui pourrait être réalisé lors de la résidence et ce qui ne le serait pas. Et puis le premier jour au Belvédère, on était en retard sur tout le planning, on était sous tension, ce qui a abouti à une grosse dispute. Grégoire a su canaliser les esprits et c’est ce qui nous manquait, le fait qu’il n’y avait pas encore suffisamment de cohésion dans le groupe. On pouvait tous jouer nos morceaux mais chacun de son côté. On avait oublié le rapport humain sur scène et c’est grâce à la résidence qu’on a vraiment pris conscience de la cohésion qui nous manquait. On ne peut que remercier le LOUD de nous avoir donné ça. On a fait le dernier set aujourd’hui, ça c’est super bien passé, ce n’était que du fun. Chacun a trouvé sa place dont Dan qui n’avait pas encore pu correctement s’intégrer au groupe. On a fait deux concerts avant la résidence et Dan n’a même pas osé joué. Il était présent, presque prêt à jouer mais il n’avait pas encore trouvé sa place au sein du projet parce qu’on est déjà très soudés, on a déjà passé beaucoup de temps ensemble. Maintenant on sait qu’on peut jouer tous les cinq. On a pu se retrouver tout un week-end, loin du boulot qui amène des tensions supplémentaires. C’est comme un mariage, mais sans le sexe. (Rires) Concealed Reality ne peut pas fonctionner avec un membre qui rentre et vient juste jouer la musique. C’est un groupe qui a besoin de connaître ses membres et d’avoir des tensions, de vivre des choses pour pouvoir les retranscrire.

Pompon : Le premier résultat de la résidence pour vous, c’est que ça a renforcé la cohésion, y compris sur la scène, où chacun trouve maintenant sa place. C’est notamment à ça que sert un coach ?

CR. : Oui, on a d’abord joué comme on le fait d’habitude, puis Grégoire nous a dit “il faut changer ça et ça”. Au début, on était assez sceptiques. On sait très bien où sont les erreurs, les choses à améliorer, mais le problème vient du fait que quand un membre du groupe dit “Ecoutez les gars, ça il faut le faire comme ça”, on ne va pas forcément l’écouter, qu’il ait tort ou raison. Si le conseil vient de quelqu’un d’externe, dont l’avis est professionnel, on va l’écouter. Grégoire est dans un groupe, il sait ce que c’est la musique. Il a plus d’expérience que nous, il a du métier. On est vraiment contents d’avoir posé notre candidature pour le LOUD Program. On avait hésité au début parce qu’on ne voulait plus faire de concours parce que ça a nui au groupe à une époque. Un des guitaristes précédent est parti à la suite d’un concours qui s’est mal passé, où on s’est fait démolir. Au final, on s’est inscrit au LOUD, qui n’est pas à un concours en tant que tel mais pour lequel il y a une phase de pré-sélection, et ce n’est que du positif.

Pompon : Mais les quatre groupes qui sont sélectionnés ne rentrent pas en compétition.

CR. : C’est ça qu’on aime beaucoup avec le LOUD, il n’y a pas de compétition, de je dois gagner quelque chose, de on doit être meilleur que les autres… Ça enlève tout ce côté un peu malsain des concours qu’on ne supporte plus. On participe quand même au tremplin du Durbuy Rock Festival cette année parce qu’on a été repris grâce au LOUD. Un des groupes avec lequel on va jouer est Anwynn, ce sont des personnes qu’on connaît. Rien que de savoir qu’on va jouer “contre”eux, on n’aime pas ça. En plus, parmi nos fans, il y a aussi des fans d’Anwynn. Les gens ne s’en rendent pas compte mais les concours peuvent détruire les groupes et la scène, et on est contre ça. C’est bien qu’il y ait de la compétition, parce que ça permet aux groupes d’évoluer mais on se rend bien compte que tout le monde est dans la compétition de qui va sortir le meilleur clip, qui aura le plus de vues, etc. On en vient jusqu’à des groupes qui vont disliker les clips des autres groupes, juste pour dire “Je ne suis pas content”. On fait de la musique et si ta musique ne plaît pas, pose-toi les bonnes questions et ne va pas penser que ce sont les autres groupes qui te détestent.

Pompon : Vous avez des projets sur le feu ?

CR. : On pense beaucoup à l’album, à essayer de le sortir plus vite que l’EP qui nous a pris un an et demi. Ça a pris beaucoup de temps parce qu’on a des nouveaux membres, on recherchait une nouvelle direction musicale pour le groupe. Désormais c’est beaucoup plus clair et défini donc l’objectif est de sortir un album de meilleure qualité mi-2018, et qui corresponde vraiment à toutes les influences des membres du groupe. On aimerait vraiment axer les compos sur le live parce qu’on ne se voit pas jouer sur scène sans bouger, sans donner un maximum d’énergie. Le problème avec nos compos actuelles c’est qu’elles sont trop difficiles à jouer en live. On le regrette dans un sens. Pour 2018, on aimerait composer quelque chose beaucoup plus axé live, s’exprimer à fond et en même temps que le public puisse aimer la musique et bouger sans se dire “Il y a trop d’informations à suivre”. Pour le moment, dans les chansons, à part Hakai qui est vraiment groovy, tu t’en prends plein la tronche. On ne sait pas bouger sur scène, c’est très compliqué. A la base, on ne voulait pas présenter l’EP avant le Botanique mais on veut être rôdés pour le LOUD Fest.

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