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02-12-2017

L’interview de Pompon : How to Kill An Asteroid

Pompon : Etant fan de science-fiction, ma première question porte sur le nom du groupe évidemment, How to Kill An Asteroid ?

How To Kill an Asteroid : On a beaucoup cherché. On voulait un nom hors du commun, facilement reconnaissable sur le net et partout ailleurs. Je (Julien, chanteur du groupe, ndlr) bosse dans l’audiovisuel et c’était le nom d’une série de la chaine Discovery que je devais doubler. Quand j’ai vu le nom, je l’ai envoyé aux autres membres du groupe et tout le monde a accroché tout de suite.

Pompon : Et comment vous êtes-vous rencontrés, tous les quatre ? 

HTKA : Val et Lloyd (respectivement bassiste et guitariste, ndlr) avaient un groupe avec un autre chanteur. Julien a rencontré l’ancien chanteur et Lloyd à l’école, à la SAE à Bruxelles où ils faisaient leurs études ensemble, et il leur a proposé de les suivre sur scène pour faire leur son live. Ils cherchaient un batteur et Julien connaissait Fabrizio d’une radio où ils bossaient ensemble. Puis Julien a pris la place de l’ancien guitariste et on a tourné quatre ans ensemble avant que le chanteur ne décide de quitter le projet. C’était un projet qui tournait en rond, qui avait des ambitions mais qui n’était pas assez mature pour avancer. Et puis on a décidé de lancer un nouveau projet, sur plus ou moins les mêmes bases mais plus concret, plus cohérent et plus pro aussi et c’est comme ça que How To Kill an Asteroid est né.

Pompon : C’était il y a combien de temps ?

HTKA : Le premier EP est sorti en septembre 2016 mais on bosse les morceaux depuis presque deux ans. On a vraiment trouvé notre style, ce qu’on voulait, ce qu’on ne voulait plus. On a fait le tri pour savoir vers quel style on voulait aller, vers quelles personnes, quel public parce que comme on fait un mélange d’électro et de hard rock, c’est un peu particulier. On a voulu trouverdes bons groupes, des inspirations, et puis faire le tri pour trouver une bonne identité.

Pompon : Ça c’est important au départ, quand on n’est plus dans une situation de débutant. Forcément avec le premier groupe, on fonctionne avec ses passions d’adolescence, sans prise de distance. Vient ensuite la phase « ce qu’on ne veut plus », que ne vouliez-vous plus ?

HTKA : Les morceaux préparés en deux répèts, en 2h. Des morceaux incomplets, avec des paroles dans un anglais approximatif. Et puis des répèts qui n’étaient pas constructives. On faisait un peu de scène aussi avec le groupe précédent mais ce n’était pas incroyable, on se complaisait juste là-dedans.

Pompon : Et au niveau stylistique ? Est-ce qu’il y a des choses que vous ne voulez plus ?

HTKA : On savait qu’on ne voulait plus d’un projet pop comme le groupe précédent mais le déclic est surtout venu en voyant certains groupes en concerts devant lesquels on s’est dit « c’est ça qu’on veut ! ». Comme le groupe Enter Shikari que nous avons vu en première partie d’un concert de Prodigy. On a pris une telle claque qu’on s’est dit qu’il était temps de se poser et de faire les choses correctement pour en arriver à ce niveau de jeu… et faire la première partie de Prodigy (rires). Ce sont de bons déclics qui nous permettent d’évoluer plutôt qu’une remise en question de nos envies.

Pompon : Au départ, quand vous vous rencontrez tous les quatre, qu’est-ce qui compte le plus ? D’abord les affinités personnelles ? Ou les affinités musicales qui existent déjà ? Ou les affinités musicales se révèlent-elles au fil des discussions ?

HTKA : Nous avons tous des influences très différentes mais ce qui était certain dans ce projet c’est que nous voulions inclure une grande part d’électro. Nous avons quasiment un cinquième membre sur scène, c’est un ordinateur avec Ableton live qui tourne et avec lequel nous pouvons interagir en concert. Sans lui, nous ne pouvons pas jouer. Ça constitue des journées de programmation entre les parties de guitare, plus rock et métal, et les parties électro à part entière qui vont venir se greffer sur le reste du morceau. Avec comme résultat un style musical qu’on pourrait qualifier d’ « électronique post hardcore ».

Pompon : En même temps ça ne doit pas être évident à gérer en live, sur scène, sans filet. Ça complique le jeu…

HTKA : On croise les doigts à chaque concert ! (rires) On lance l’ordi et on espère qu’il va tenir jusqu’au bout du concert, que tout va fonctionner parce qu’on est totalement tributaire d’une machine. Si la machine plante, tout le groupe doit se planter pour se remettre en phase avec la machine. Elle ne nous attend pas et ne se remet pas automatiquement dans le tempo. C’est un risque qu’on prend et qu’on assume, pour le moment ça fonctionne sans trop de soucis. Il s’agit de petits détails qu’on règle assez vite.

Pompon : Le fait de dépendre d’une machine n’entraine-t-il pas le risque de rigidifier le concert à certains moments, comme le fait de ne pas avoir la possibilité d’improviser ? Comment évitez-vous cette difficulté ?

HTKA : Les sets sont préparés à l’avance, en fonction du timing dont nous disposons. Il y a toujours un démarrage « forcé » par la machine. Nous jouons tous avec des in-ears qui nous donnent le décompte pour avoir une idée de quand la boucle va commencer. Le début du morceau est donc bien automatisé mais nous avons la possibilité sur certains morceaux de reprendre le contrôle après un « break ». La machine a également plusieurs morceaux qui ne sont pas forcément dans notre setlist en mémoire, ce qui nous laisse plus de flexibilité pour changer, si l’envie nous en dit, l’un ou morceau de notre setlist originelle avant le concert.

Pompon : Donc vous n’êtes pas prisonniers de la machine ?

HTKA : Non, elle constitue davantage une aide qu’une contrainte. Il faut la considérer comme un instrument à part entière qui permet de rajouter des effets dans certains passages musicaux. Ça exige des heures de préparation pour chaque morceau, assigner les pistes aux bonnes sorties pour envoyer à l’ingé son, à nos machines, dans les retours… c’est beaucoup de boulot.

Pompon : Tout en bougeant sur scène !

HTKA : Tout en bougeant, oui. C’est notamment un des aspects que nous avons travaillé avec Maggy Luyten qui nous a coachés sur notre présence scénique pendant ces deux jours de résidence pour le LOUD Program. Elle nous a poussé dans nos retranchements et nous a mis face à nos incohérences dans certains déplacements et mouvements sur scène qu’il fallait remettre en place. Maintenant nous avons une meilleure cohérence scénique.

Pompon : Pour vous une résidence c’est quelque chose de sérieux et utile ?

HTKA : Oui. Il s’agissait de notre première résidence et ça a été un déclic. C’était l’occasion de mettre au point le travail avec l’ordinateur, avec un ingé son, une bonne sono, de bons retours. C’est une répétition générale qui nous permet de vérifier que le son sera au point le soir du concert. Techniquement, c’est super intéressant. Il y a un avant et un après résidence.

Pompon : Et le fait d’avoir ce regard extérieur du coach, par rapport à une répétition entre vous dans un local, ça change quoi ?

HTKA : Tout. C’est un regard qu’on n’avait pas, qui est tout à fait différent, tout à fait nouveau. Le peu qu’on avait auparavant c’étaient des vidéos des lives précédents et des commentaires des copains qui ne sont pas forcément objectifs. Nous n’avions pas de regard critique. Contrairement aux copains, un coach peut nous encadrer pour nous permettre d’arriver là où l’on le souhaite, de devenir plus pro. C’est beaucoup plus constructif car il nous dit ce qu’on doit concrètement travailler.

Pompon : Selon Maggy, vous êtes de bons clients. Visiblement elle n’a pas perdu son temps.

Maggy : On n’a clairement pas perdu notre temps. Des musiciens comme eux, qui ont cette entente musicale et humaine, c’est quelque chose que tout musicien pourrait jalouser sainement parce que quand on possède les deux, entente musicale et humaine, on a les racines. Et c’est du pain béni pour un coach d’arriver et de dire « bon les gars, que pensez-vous si on fait ça ou ça », de leur proposer et non pas de leur imposer quoi que ce soit, d’expliquer, de les laisser faire et boum, c’est magique. Et ça s’appelle le talent. Quand tu as du talent, on te dit une fois les choses et tu comprends vite parce que c’est inné mais qu’il manquait juste un déclic.

Pompon : Le rôle du coach est donc d’avoir un regard extérieur critique, mais pas dans un sens négatif. Pour pousser le groupe plus loin, le coach doit aussi l’aider à avoir confiance en lui-même.

HTKA : Le coaching avait certains objectifs auxquels se sont ajoutés des éléments « bonus » comme la confiance en soi. Nous n’imaginions pas ressortir de ces deux jours de résidence avec ce regain de confiance en nous et en notre projet. Si on l’avait su avant, on aurait directement commencé par un coaching. On conseillerait à tout groupe de le faire.

Maggy : Je pense que commencer directement par le coaching n’est pas forcément la meilleure chose à faire. Si vous appréciez autant le travail que vous avez pu réaliser lors de cette résidence, c’est aussi parce que vous avez déjà un vécu en tant que groupe et vous pouvez donc comparer l’avant et l’après.

Pompon : Ça vaut donc la peine qu’une opération comme le LOUD Program existe sachant qu’un groupe seul ne pourra sans doute pas se permettre de financer une résidence, ou n’y pensera sans doute pas spontanément.

HTKA : Non, en effet. Ne fut-ce que pour louer une salle comme celle-ci, il faudrait déjà débourser une somme relativement importante, et tout le monde ne peut pas se le permettre ! Sans compter le coach, l’ingé son, le catering, etc.

Maggy : Faire une résidence dans de telles conditions, c’est extraordinaire pour le coach également parce que c’est très rare qu’un groupe puisse se permettre de payer plus de 2h de coaching dans une salle. Les groupes n’ont souvent pas le budget pour se payer une résidence de deux jours pendant laquelle on a la possibilité et le temps de créer des liens et d’échanger des feedbacks. C’est un luxe pour le groupe comme pour le coach.

Pompon : Ça vous procure quoi comme impressions de faire partie de ce projet ? Quelle satisfaction en retirez-vous?

HTKA : Ça nous donne envie d’en faire deux fois plus, de saisir la chance qui nous est donnée avec le LOUD et d’aller plus loin. On va mettre toute notre énergie pour faire vivre le projet au-delà du LOUD Fest au Botanique, faire en sorte que la sauce prenne avec le public et qu’on puisse se créer une fanbase, tourner dans d’autres lieux, etc. On a maintenant un groupe soudé, nous partageons les mêmes ambitions et envies. Nous sommes tous conscients que, comme beaucoup de groupes belges, nous n’allons pas devenir millionnaires et quitter notre boulot, même si notre projet fonctionne. C’est du bonus, nous n’allons pas forcément en vivre, du moins pas à court terme.

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