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26-11-2017

L’interview de Pompon : Lethvm

Pompon : Vous ne semblez pas tous venir de la même région, comment vous êtes vous donc trouvés, et réunis ? En d’autres termes, comment est né le groupe ?

Lethvm : Nous sommes effectivement originaires de différentes villes de Belgique : Bruxelles, Liège, Namur et Jemappe. Antoine et moi étions à l’école ensemble, à l’IATA à Namur. Nous avons un peu discuté et nous sommes mis à la recherche d’un bassiste pour un projet il y a 16/17 ans d’ici. Après différents projets, on s’est revus à Dour et on a commencé à discuter d’un projet axé plus post-metal. On a fait quelques concerts mais un membre est parti et on s’est alors retrouvés à trois. Pour le quatrième membre, on a fait une demande sur Facebook. On a reçu une seule réponse, celle de Vincent et c’était la bonne. On lui a envoyé quelques compos que l’on avait déjà enregistrées entre nous et il nous les a renvoyées seulement deux jours après avec du chant dessus. A partir de ce moment-là, on avait plus l’impression que c’était nous qui passions un casting, étant donné ce qu’il nous avait déjà envoyé. (Rires)

Pompon : Ce qui est bien, c’est que vous n’étiez pas sans rien, vous aviez déjà des bases. Vous ne vous êtes pas juste retrouvés en répet’ en vous demandant ce que vous alliez faire.

L. : On a une influence, ce qu’on appelle “notre triangle magique” : Neurosis, Cult of Luna et Amenra, pour le côté belge. L’idée était vraiment de partir là-dessus, avec un projet plus doom, lent, à la base, et puis ça a un peu évolué. Ensuite, on s’est plus tournés vers du post et on essaye vraiment de faire un mélange juste et original, pas trop cliché.

Pompon : Et au niveau des textes ? Il y avait déjà du texte sur vos compositions ou le chanteur a écrit en un week-end les paroles qu’il a posées dessus ?

L. : C’était juste l’instrumental, Vincent a rajouté les paroles quand il nous a renvoyé les compos. Il venait de se faire “larguer” par son groupe précédent et il avait vraiment envie de s’investir ailleurs. Il a donc fait comme tous les ados qui se font larguer, il a cherché une nouvelle opportunité sur Facebook. (rires)

Pompon : Et le nom du groupe, Lethvm ?

L. : On voulait quelque chose d’un peu conceptuel avec une signification derrière. Lethvm vient de letum en latin. Nous avons transformé le U par un V et ajouté un H afin de marquer notre identité. Ce mot désigne tout ce qui a un lien avec l’érosion : l’érosion des choses, l’érosion physique et/ou mentale.

Pompon : Il y a ce terme en physique qui dit que dès que quelque chose nait, il va vers sa mort : l’entropie. C’est un thème qui intéresse beaucoup Amenra.

L. : Il y a toujours une notion d’espoir dans leurs chansons, malgré ce côté noir.

Pompon : Je ne trouve pas que c’est noir chez vous. C’est puissant, c’est sombre, mais pas noir.

L. : Le mouvement est différent de celui d’Amenra. Il y a un peu plus de mélodies chez nous, la construction des chansons est différente. On ne veut pas copier Amenra et on ne sait pas ce qu’ils ont dans la tête, on fait à notre façon. Les chansons sont quand même plutôt sombres. Les textes et les ressentis le sont. Mais le mouvement est différent. Ca deviendra peut-être noir un jour, selon le fil des choses. Ici on va commencer à composer, le but ce serait de sortir un split en 2018. L’album est fini depuis un petit bout de temps, on va commencer tout doucement à composer pour la suite. Notre objectif serait de composer une grosse chanson de 20 minutes, bien lente et qui va être l’évolution de l’album mais qui sera sans doute un peu plus noire ou en tout cas assez sombre.

Pompon : Un split avec qui alors ?

L. : On ne sait pas encore, on est au début de la recherche. On a des idées et on verra ceux qui sont dispos. Le but ce serait de le faire avec un groupe étranger, on va même peut-être essayer un autre continent, pour essayer d’avoir un échange de dates, de bouger un peu plus, de sortir de l’Europe.

Pompon : Vous parliez d’un triangle magique ?

L. : Il y a donc Cult of Luna, Neurosis et Amenra. Ce sont nos principales influences, celles des bases du projet. On a essayé de trouver un juste milieu entre ces trois-là, sans que cela y ressemble de trop. Que notre musique y fasse penser sans pour autant copier, ce qui est très dur en soi.

Pompon : J’ai l’impression qu’il y a dans vos chansons une recherche de beauté, même si la beauté est sombre. Ce n’est jamais de la brutalité gratuite comme dans certains projets death metal qui sont très linéaires et dont les concerts te donnent juste l’impression d’entendre un seul morceau.

L. : On essaye de trouver une sensibilité, soit à la guitare, soit à la voix pour ne pas avoir que la lourdeur, pour éviter que les gens s’ennuient et que l’on retrouve des choses différentes de la brutalité pure, avec un peu de finesse. Justement pour que quand ça claque, ça claque. On a des passages plus calmes, mélancoliques, plus mélodiques et puis des passages très basiques, puissants, lourds et lents. On aime cette notion de contraste.

Pompon : Un morceau de Lethvm, c’est un peu comme une ligne qui ondule. Mais si on va du début à la fin, il y a un crescendo. Ça descend, mais jamais aussi bas qu’avant, et puis ça remonte, et ainsi de suite. Une ligne ondulatoire qui monte lentement vers un climax.

L. : Une même émotion peut être dite de manières différentes. Donc au sein d’une même chanson, il y a une émotion qui est donnée mais dans toutes ses facettes, c’est pourquoi il y a cette succession de passages plus calmes et de passages qui induisent un mouvement.

Pompon : Et donc avoir un morceau de 20 minutes sur le split, c’est une sorte de nouveau défi ? C’est aller encore plus loin et en profondeur dans la démarche ?

L. : On a envie de ça, de quelque chose d’un peu plus monolithique. On va voir si on y arrive. On va sûrement jeter beaucoup, parce que dans les compositions on jette énormément. On va vraiment garder le meilleur. Il y a des chansons qui sont passées par 6/7 versions. Winters par exemple, pour laquelle il doit y avoir eu 10/12 versions avant d’avoir la bonne. D’un concert à l’autre on changeait des éléments du titre, on gardait ce qui fonctionnait et on jetait ce qui n’allait pas. Donc on travaille énormément les mêmes chansons jusqu’à ce qu’on en soit satisfaits.

Pompon : Au niveau du chant, j’ai l’impression que ce n’est pas l’univers doom. Il y a plus un chant hurlé, guttural, que l’on retrouve plus souvent dans des groupes death metal. C’est une collision intéressante je trouve.

L. : On n’aime pas du tout le death. (rires) On dit souvent aussi à Vincent qu’il a une voix de black metal mais il n’aime pas du tout le black non plus. (rires) Mais il fait avec ses propres armes. Il voit comment sa voix colle à la chanson. Généralement, il chante la chanson une fois et enregistre tout. C’est le même principe qu’avec un riff de guitare, on travaille beaucoup dessus, il y a énormément d’essais sur chaque chanson, pour qu’on en soit satisfaits.

 

Pompon : Votre résidence se fera avec Grégoire Fray, du projet “Thot”. Qu’attendez-vous de cette résidence ?

L. : Un travail du son. Régler le son pour nos lives, tous nos amplis, des retours parfaits sur scène, etc. Pour que ce soit le plus confortable pour nous sur scène et qu’en façade aussi ce soit aux petits oignons. Et puis on a acquis beaucoup de matos récemment et on aimerait peaufiner les réglages car on n’est pas techniciens. Ce sera déjà un premier apport de la résidence. Grégoire nous a aussi parlé, lors d’une réunion de préparation, d’un aspect très intéressant par rapport à la compréhension des chansons. II nous a expliqué qu’il s’était rendu compte, au sein de son propre groupe, que personne ne connaissait la thématique de leurs chansons, à part le chanteur. Il a alors demandé à Vincent s’il pouvait expliquer ses propres chansons, qu’elles puissent être comprises et vécues de manière commune. On a fait ce travail en amont de la résidence, c’était déjà une étape intéressante. Depuis lors, l’émotion ressort plus à travers les instruments. En plus de cela, on aimerait aussi travailler les entrées et les sorties de scène. La lumière aussi, si on a le temps. Le visuel en général, l’ambiance. C’est la première fois que l’on va bénéficier d’une résidence, donc on ne sait pas trop à quoi s’attendre, ce dont Grégoire va nous parler. On va voir, on est ouverts à plein de choses.

Pompon : Lors d’une résidence, qu’est-ce qu’un coach, Grégoire en l’occurrence, peut plus spécifiquement, en tant que personne, vous apporter ?

L. : Son expérience, il en a beaucoup. Mais à part ça, on ne sait pas trop ce qu’il va nous apporter. (rires) Franchement, on y va avec une grosse envie de travailler et de se donner au maximum mais on ne sait pas trop à quoi s’attendre. On a hâte de voir ce que la résidence peut nous apporter. On ne veut pas non plus qu’il nous dicte ce que l’on doit faire. Par exemple, s’il commence à nous dire quoi faire exactement sur scène, du type chorégraphie, cela ne marchera pas parce qu’on vit notre musique en live à notre façon. Mais on ne pense pas que ce soit quelqu’un comme ça, il a l’air d’avoir une grande sensibilité musicale.

Pompon : Donc le but ce n’est pas un coach qui vous modifie, c’est un coach qui est à l’écoute et qui repère, du type “Ah là, il pourrait y avoir autre chose”.

L. : On a déjà eu quelques retours et on est là pour en avoir davantage. On prend toujours bonne note des conseils qu’on nous donne.

Pompon : La résidence vous prépare au concert à l’Entrepôt, et puis à la date au Botanique, mais les acquis qu’elle apportera pourront vous emmener plus loin.

L. : Tout à fait, oui. Et puis l’ingé son avec qui on va travailler devrait devenir l’ingé son qu’on prendra lorsqu’on aura de grosses dates. Le but serait de travailler à long terme avec elle, car elle est intéressée par le projet. C’est chouette parce qu’avoir un ingé son qui ne sait pas suivre, ça ne fonctionne pas. On ne dit pas qu’elle doit nous suivre toute une tournée mais au moins pour les grosses dates, les gros évènements avec du budget, ce serait l’idéal. Ne fût-ce qu’elle puisse nous préparer une vraie fiche technique professionnelle, ça nous aiderait. Le but c’est de se professionnaliser un peu plus et que la résidence serve à long terme.

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