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20-11-2017

L’interview de Pompon : Wyatt E.

Pompon : La formation Wyatt E., en quelques mots ?

WYATT E. : Stéphane joue de la guitare, synthé, basse et chante un peu. Il fait de la musique depuis 10 ans avec Sébastien. Romain est à la batterie et aux percussions. On sort avec Wyatt E. notre deuxième album. On n’avait jamais joué pour le premier album à part deux ou trois lives hasardeux, dont un au Dunk!festival en 2016 qui nous a donné l’envie de continuer. On a donc commencé à booker des dates à l’approche du deuxième album. On s’est également inscrits au LOUD Program parce qu’on avait eu une bonne expérience avec Court-Circuit (The K, autre groupe de Sébastien, a remporté le Concours Circuit Rock dur en 2011). On s’est inscrit en se disant que c’était peut-être une bonne occasion de se faire découvrir, ce qui n’est pas toujours simple dans le milieu alternatif.

Pompon : Donc avec Wyatt E., vous faites tous les 3 quelque chose de vachement différent de vos autres projets ?

WYATT E. : Complètement, c’est vraiment l’alliance des extrêmes. Stéphane vient de la dream pop psyché, Romain de la scène screamo et Sébastian du punk noise, donc on  n’aurait rien à faire ensemble théoriquement. Mais on fait de la musique ensemble depuis plus de dix ans. On a toujours eu cet amour pour Big Black de Steve Albini, et on s’est retrouvé par la suite autour de musiques plus sludge, stoner… mais aussi autour d’une passion du cinéma. Wyatt E., est un groupe très cinématographique. Quand Romain est arrivé, le groupe a pris une autre tournure et c’est là que Wyatt E. est devenu ce qu’il est aujourd’hui, un groupe à inspiration orientaliste.

Pompon : Inspiration orientaliste, tu parles des fantasmes qu’auraient les occidentaux vis à vis de l’Orient, plutôt qu’une véritable influence des musiques orientales libanaises, syriennes, turques actuelles ?

WYATT E. : C’est plutôt un fantasme oui, on n’a pas fait de recherches sur la musique orientale pour faire ce projet. On est amateurs de musique psyché turque par exemple, mais on revendique le fait qu’on n’est pas spécialistes du genre. C’est difficile d’éviter l’ornière de la réappropriation culturelle, c’est vraiment un hommage qu’on veut rendre. A des réalisateurs comme Pasolini par exemple, l’Evangile selon Saint Matthieu qui pour nous est aussi un film orientaliste en quelque sorte, Les 1001 Nuits… C’est un hommage à un Orient fantasmé, mais qui existe dans notre imaginaire collectif.

Pompon : Vous évoquez dans votre bio Edward Said ? Qui est-il ?

WYATT E. : C’est un écrivain américain, d’origine palestinienne, qui a écrit un livre sur l’orientalisme. Qu’est-ce que cette vision occidentale de l’Orient ? Il y a un coté dénonciation du colonialisme là derrière, toutes proportions gardées évidemment.

Pompon : En même temps, le doom classique est assez binaire de manière générale. Vu que c’est une musique lente, ca peut très bien coller avec des rythmes orientaux plus chaloupés. Le mélange fonctionne bien. Comment l’avez-vous construit ?

WYATT E. : C’est venu naturellement. Quand on a commencé sans batterie, on avait en tête de faire une sorte de bande originale pour un western post apocalyptique, quelque chose de très cinématographique encore une fois. Avec la venue de Romain, ça c’est ralenti. On a évolué vers des rythmes lents. Des groupes comme Masters Musicians of Bukkake, Swans et même Godspeed You! Black Emperor ont pour nous des passages orientalistes.

Pompon : Si on remonte aux années ‘70 avec des groupes comme Led Zeppelin ou certaines mouvances du psychédélisme, cela vous a influencé aussi ?

WYATT E. : Tangerine Dream et tout ça ? De loin, ce n’est pas vraiment la musique de notre génération. On sait reconnaître le talent de nos pères mais nous n’avons pas grandi avec ça, on ne l’a découvert que plus tard.

Pompon : Et au niveau doom, quelles sont vos références ?

WYATT E. : Qu’est ce qu’on appelle ‘doom’ aujourd’hui ? On est pas tant influencés par le doom que par le drone par exemple. C’est compliqué à expliquer. On a des influences bien marquées, celles citées auparavant.

Pompon :  …mais qui ne sont pas celles qu’on attendrait a priori en fonction de l’étiquette oriental doom ?

WYATT E. : Je pense que l’étiquette est vraiment bien en réalité. Elle est « vendeuse », on a trouvé un bon adjectif pour identifier le groupe. Godspeed est une grosse influence, au niveau des guitares, des reverbs, delays, un côté grandiose, grandiloquent…

Pompon : Mais c’est pas par hasard si Wyatt E. se retrouve dans un dispositif comme le LOUD ?

WYATT E. : Wyatt E. a sa place dans un concours plus grand public, mais le sens de la scénographie et les influences de ce projet, même si la musique n’est pas si violente, sont assez musclés. En citant nos influences, un public loud peut s’y retrouver, un public plus pop s’y retrouverait moins, alors que notre musique pourrait s’y prêter.

Pompon : Il y avait déjà un peu ce décalage avec The K. en 2011, certaines personnes disaient « Mais qu’est ce qu’ils font là, c’est pas du métal », mais c’est pas de la pop non plus, on les met où ?

WYATT E. : Il faudrait un concours par groupe au final. Ce serait bien, il n’y aurait que des gagnants !

Pompon : Vous pensez quoi de l’évolution du concours circuit rock dur, le fait qu’il n’y ait plus de compétition avec des gens qui votent, un jury, un gagnant, les votes du public avec toutes les dérives que cela peut entrainer, etc.. Vous préférez l’ancienne ou la nouvelle formule ?

WYATT E. : C’est une suite logique. Il y a aussi un grand snobisme et un décalage entre le monde du pop rock et les groupes qui s’inscrivent au LOUD. S’il y avait un concours unique et que par chance un groupe plus énervé parvenait à se faire une place en finale, le groupe n’aurait aucune chance. Le monde professionnel qui vient juger ces groupes ne voit pas forcément de l’intérêt dans les musiques extrêmes ou alternatives. C’est de là que vient cette sorte de snobisme. « Ce n’est jamais que des gens avec des longs cheveux, des boucles d’oreille dans le nez qui bougent la tête ». Si on disait tout ce que l’on pense de cela… (rires) on pourrait écrire un bouquin là-dessus ! Cette réflexion a dû arriver à l’époque et c’est sûrement pourquoi le Concours Circuit a été scindé en deux. Avec The K. on s’est aussi fait mal voir par certains milieux metal parce qu’on n’était pas assez dur. Quand les gens nous manifestaient une certaine antipathie, on ne pouvait pas s’empêcher d’avoir le sourire ! Maintenant ce n’est plus la même chose, on a grandi, faire chier les gens c’est pas notre but. C’est plus confort de se dire “il y a 4 groupes, on va faire une résidence, on travaille de manière plus professionnelle”. Cela correspond quand même mieux aux personnes que nous sommes aujourd’hui, l’important maintenant c’est de se professionnaliser, de jouer dans des meilleures conditions ou dans tous les cas de préparer les concerts et d’enregistrer de bons albums. Ça convient mieux à Wyatt E. Le premier album est sorti en 2015 sur cassettes, le deuxième devait aussi sortir en cassette en 2016/2017 puis un label israélien s’est mis dans la course pour sa sortie. Entre-temps il y avait aussi un gars qu’on connaît du Dunk! fest qui voulait monter son propre label et nous a proposé de ressortir le premier à l’occasion de la sortie du deuxième. On l’a donc pressé en vinyle.

Pompon : En résidence vous vous êtes focalisés sur quoi ? Quelles étaient vos priorités ?

WYATT E. : L’aspect scénique plus que l’aspect son, on joue avec costumes et masques. Ce sont des kimonos qui rappellent un peu la bure des moines coptes d’Egypte. Nous avons aussi des masques qui ne sont pas sans rappeler la burqa. Cela renvoie à une certaine tradition du déguisement à la Sunn O))) et compagnie, c’est original. On a travaillé avec une créatrice, Julie Wezel pour les costumes. C’est au Magasin 4 que l’on va les porter pour la première fois en live (concert du 10/11/17). On revient d’une tournée de 10 jours qui nous a amené jusqu’en Turquie où on a joué dans des clubs et cafés-concerts. On voulait surtout corriger l’aspect live, jouer les morceaux correctement et ne pas se soucier des costumes.

Pompon : Et à Istanbul, comment était l’accueil ?

WYATT E. : Super, ce sont des gens que Sébastien a connu via The K., en Yougoslavie, qui nous ont permis de faire cette tournée et nous ont donné des contacts en Turquie. De retour en Belgique on a ces deux belles dates au Magasin 4 et au Botanique, tout tombe parfaitement. On peut travailler lors de cette résidence pour préparer au mieux ces deux concerts sur des scènes plus imposantes, avec la lumière, etc.

Pompon : Quel est l’apport de quelqu’un comme Grégoire qui vous coache ?

WYATT E. : Il fait son travail au niveau de la scénographie. Lors des rencontres préparatoires, on avait prévu qu’il faudrait travailler le placement sur scène, les entrée et sortie, la manière dont on bouge avec les masques… Il y a toute une danse, un rituel à apprendre. C’est toujours utile d’avoir un regard extérieur. C’est bien qu’il nous dise ce qui fonctionne ou non.

Pompon : Le fait d’avoir un deal discographique avec quelqu’un de Leuven, ça peut vous ouvrir des portes en Flandre ?

WYATT E. : Ce qui peut nous ouvrir des portes, c’est le fait qu’on ne chante pas (rires). Peu importe d’où vient le public, quelle est sa culture, il peut rentrer dans la musique, le spectacle. C’est plus universel.

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