.01 septembre 2012
Par Nicolas Goffe

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Dans les années 80, l’avènement de l’informatique musicale aura permis une certaine démocratisation des enregistrements. Alors que jusqu’ici, la majorité d’entre eux se faisaient en studio sur bandes analogiques, la tendance s’est depuis lors inversée au point de nous mener aujourd’hui au tout au numérique. Et avec la miniaturisation des équipements d’enregistrement et de traitement du son, nous avons vu l’apparition de nombreux home studios. En présupposant les développements informatiques à venir, on est en droit de se poser la question de l’avenir du studio traditionnel.

Nous nous sommes donc entretenus avec Julien Paschal, à la fois musicien (Gaëtan Streel, Piano Club, ex-Sharko) et ingénieur du son (e.a. Malibu Stacy, Sarah Carlier, Le Yéti,…), qui va « la plupart du temps dans de vrais studios pour faire ce qui doit y être fait, c’est-à-dire des prises live guitare-basse-batterie, pour avoir une ribambelle de micros ou un vaste choix de pré-amps. » Mais selon lui, le recours au home studio est dû en partie à la conjoncture. « Les budgets qui étaient avant de 80% pour la production et de 20% pour la promo sont en train de s’inverser, le but du jeu étant de faire la meilleure production avec le moins d’argent possible. » Cependant, le home studio peut tout à fait correspondre à un stade de la production, comme pour tout ce qui concerne l’édition, les prémixs,… Mais on peut également opter pour celui-ci pour des questions de confort, certains chanteurs préférant par exemple être seuls chez eux devant leur ordinateur plutôt que d’être dans un studio avec un ingénieur du son qui leur donne du répondant.

De son côté, Julien envisage de plus en plus le métier d’ingénieur du son comme « un mélange entre producteur artistique et exécutif, conseiller voire même psychologue… Et puis s’il ne faut pas être un génie pour travailler avec Pro Tools, je pars du principe qu’on ne peut pas tout faire. Ni en compétence, ni en temps. C’est intéressant d’avoir autour de soi des gens qui ont du recul et qui peuvent donner un feedback. Si quelqu’un comme Anthony Sinatra (Piano Club, Hollywood Porn Stars) a assez d’expérience que pour prendre du recul par rapport à ce qu’il fait, ce n’est pas le cas de tout le monde. Loin de là. Avant, où tout était très saucissonné, l’ingé son ne s’occupait que de la technique. Dans ce mélange entre artistique, technique et relationnel, l’ingénieur du son touche aujourd’hui un petit peu à tout. »

Un des atouts non négligeables du home studio, c’est que le compteur ne tourne pas. On prend le temps que l’ont veut pour enregistrer. « Mais c’est à double tranchant. Car l’avantage d’une session en studio, c’est qu’on n’a pas le temps de tergiverser. » Cela pose la question de savoir si un album est « la photo d’un artiste à un moment donné » ou « une œuvre infinie à faire, refaire, refaire,… Avec le danger qu’il ne se passe rien à la sortie de celui-ci et donc que l’atterrissage soit compliqué. » En tenant compte de cela, il est intéressant de constater que le prix de location des studios a considérablement chuté ces dernières années, ceux-ci ayant du mal à remplir leur planning. Mais cette baisse de fréquentation des studios est à mettre en parallèle avec la crise que connaît actuellement l’industrie de la musique enregistrée, au contraire de celle du live. Et si le passage par l’enregistrement est encore une étape obligée dans la carrière d’un artiste, il n’y a plus de règles à proprement parler à l’heure d’Internet. D’autant plus que Julien Paschal s’estime surpris par certaines démos qu’il reçoit. « La qualité y est déjà bien présente. Certaines choses sont utilisables telles quelles pour le produit final. Le travail s’apparente à une partie de Lego, tu te focalises sur les éléments qu’il faut refaire avec d’autres sons et tu en gardes d’autres. On obtient parfois des mélanges de trucs lo-fi et hi-fi, c’est intéressant tant sur le plan artistique qu’au niveau du budget. » On l’aura compris, il n’y a pas une seule et une unique méthode pour enregistrer un album, l’important étant avant tout de poser les bons choix pour arriver au but. Comme celui des Girls in Hawaii d’investir une maison dans les Ardennes belges avec du matériel de studio, sorte de voie médiane entre l’enregistrement traditionnel en studio et le home studio. Mais plus important encore est le rôle joué par l’encadrement, et donc par l’ingénieur du son qui, au-delà de l’aspect technique, encadre, garde la tête froide et joue de plus en plus souvent le rôle de conseiller artistique.

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