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17-05-2019

Elections 2019 : le programme musical des partis francophones

A l’approche des élections du 26 mai, nous avons analysé les chapitres consacrés à la culture des programmes du MR, du PS, du CDH, d’Ecolo, du PTB, de Défi, du PP et des Listes Destexhe. Sauf erreur et oubli de notre part, aucun de ces partis francophones belges « mainstream » n’y parle spécifiquement et longuement de « musiques actuelles » mais tous ont, bien entendu, des choses à dire sur la culture et donc aussi, par extension, sur le secteur musical. A peu de choses près, tous tiennent d’ailleurs un discours assez similaire. Au pouvoir, ils devraient donc éventuellement pouvoir s’entendre…

A gauche comme à droite, on est d’accord : la culture participe au « vivre-ensemble » et c’est donc grâce à un accès démocratique à la culture que l’on pourrait régler certains problèmes sociétaux. La culture ne peut se permettre d’être un luxe réservé à une élite. C’est grâce à elle que l’on entend lutter contre les populismes et les fake news. Chiffres à l’appui, Ecolo n’hésite pas, dans son programme, à parler de « cercle vertueux » : « Alors qu’un euro investi en culture « rapporte » 1,6 euros (Henri Capron, professeur à Solvay, 2010), on sait que la culture est à l’origine d’un cercle vertueux social qui engendre des retombées positives sur une multitude de secteurs (dont le vivre ensemble, l’ouverture aux autres, etc…) Ce n’est pas la culture qui coûte cher mais l’absence de culture. »

SUBSIDES & SUBVENTIONS

Cette vision étant largement partagée par les principaux partis francophones se présentant aux élections, le principe de subside culturel n’est pas remis en cause, même du côté du pourtant très libéral et contestataire Destexhe, qui entend juste « effectuer un audit du secteur culturel et des subsides accordés à ce secteur ». Il est d’ailleurs loin d’être le seul à estimer que le « système » pourrait mieux fonctionner. Défi prévoit ainsi d’« éviter les conflits d’intérêts et les choix politiquement affinitaires dans les ASBL subventionnées par les pouvoirs publics » et le CDH parle quant à lui de « garantir une gouvernance efficace et transparente dans l’octroi des subventions publiques et une clarification du rôle d’avis sur les politiques culturelles sectorielles de ces instances. »

La volonté de transparence et de simplifications est donc très partagée. Défi évoque carrément une totale « dépolitisation » du pouvoir subsidiant. Quant au MR, il propose de développer la philanthropie culturelle et le mécénat en complément des financements publics. Le financement participatif (crowdfunding) et un service de microcrédit à disposition des artistes est également envisagé par les libéraux. Bref, on cherche surtout à «optimiser l’offre culturelle vivant des subsides de manière à faire des économies d’échelle ». Le MR attendrait également un « retour », certes assez vague, de la part des artistes subsidiés ; jugeant, en gros, que l’on ne subventionne pas à perte. A droite, on entend donc bien détricoter un peu mais on ne remet pas en cause le principe.

LE STATUT D’ARTISTE

Le statut social et fiscal des artistes reste une matière fédérale alors que la culture est régionalisée. On peut donc craindre que la plupart des propositions des partis francophones cherchant à améliorer la vie des artistes continuent de tenir, au mieux, du vœu pieux. Sur ce sujet là aussi, à gauche comme à droite, on semble toutefois d’accord : les politiques en vigueur doivent permettre à l’artiste de vivre dignement, dans la décence et la stabilité, et tout particulièrement les femmes, selon le CDH, le seul à faire une distinction de genre. Le PS y va d’une série de propositions structurelles : « suppression du statut de cohabitant et individualisation des droits, automaticité des droits, augmentation des allocations au minimum au seuil de pauvreté ou encore le bonus social généralisé (un complément au salaire pour que chaque travailleur dispose au moins de revenus équivalents à 110% du seuil de pauvreté). » Les socialistes entendent carrément créer un « code de l’intermittent » et simplifier l’accès au statut d’artiste, qui concernerait dès lors aussi les jeunes débutants et les techniciens. En attendant, tout le monde semble d’accord sur le fait que la situation actuelle est très dégradée. Assez pour que le dossier devienne prioritaire dans une future coalition ?

LE RAYONNEMENT CULTUREL INTERNATIONAL

Chez Défi, on dit carrément « non à la régionalisation de la culture ». Au CDH, on aimerait renforcer l’accord de coopération entre la FWB et la Communauté flamande, afin de réaliser des projets culturels bi-communautaires. Côté PS, on s’engage « à accompagner et à soutenir, y compris au-delà des frontières de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Que ce soit en Flandre ou à l’international… » Bref, il flotterait dans l’air comme un regain belgicain, la volonté de remettre en avant l’étiquette « made in Belgium ». Pas de grandes divergences dans les programmes : la mise en lumière des artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles est un souhait politique généralisé. « Une politique de diffusion ambitieuse » (MR) qui soutiendrait non seulement l’exportation de nos créations artistiques mais aussi le rayonnement plus local. Pour y arriver, la RTBF pourrait ainsi se voir contrainte de passer davantage de productions nationales en prime-time. Ce n’est là qu’une idée parmi beaucoup d’autres, toutes plus ou moins réalisables à court terme.

LE TAX SHELTER

La plupart des partis, si on en croit leurs programmes, pensent aussi à  élargir le tax-shelter à d’autres secteurs culturels que le cinéma et les arts de la scène. Il n’y a en fait que le PTB qui soit franchement contre, y voyant « une niche fiscale qui profite aux grands investisseurs » et un mécanisme qui « agit au détriment d’une politique culturelle publique parce que l’argent de ces investisseurs n’est soudainement plus soumis à un comité d’évaluation. Les grands noms se voient ainsi avantagés alors que les petits sont mis de côté. » Le Parti du Travail, qui prône donc la remise à plat du principe de tax-shelter, a une solution : « Et si on demandait à ces soi-disant grands mécènes de verser leur argent directement au gouvernement sous forme d’impôts ? ». Ce qui permettrait, selon le PTB, d’ainsi disposer des budgets nécessaires pour développer une politique culturelle fédérale de qualité. Qui inclurait, c’est dans leur programme, aussi du hip-hop et des musiques émergentes.

Si la plupart des partis politiques semblent encore peiner à considérer pleinement le secteur culturel comme une véritable industrie, tous admettent en revanche sa nécessité sociale et son rôle dans le branding territorial. Bon nombre de programmes politiques évoquent en effet aussi l’occupation culturelle de l’espace public au nom du marketing : un festival, ça ne vitalise pas qu’une région, une ville ou un quartier, ce sont aussi des jobs, du tourisme et une image qui rayonne. Une autre idée communément admise est d’obliger la RTBF à davantage diffuser des productions locales et d’inciter à mettre un certain  pourcentage de celles-ci en avant sur les plateformes de streaming de type Deezer et Spotify. Bref, on pourrait voir dans un futur proche un coup de pouce politique aidant à jouer et à diffuser sa musique et même à la faire connaître. De là à en vivre ?

– Serge Coosemans

 

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