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06-09-2016

Les concours musicaux, pour quoi faire?

Participer à un concours musical, oui mais pour quoi faire ? Si l’on en croit la bonne parole, ce serait l’occasion pour tout groupe/artiste “émergent” de gagner en “visibilité et en crédibilité”, de rencontrer les pros du secteur et de bénéficier d’”outils de développement”, allant du coaching au matos en passant même par de la thune… Mais qu’en est-il réellement ? Y a-t-il anguille sous roche ? Tout cela est-il bien rock’n’roll ? Petit topo sans langue de bois.

De Sharko à Kiss & Drive en passant par Malibu Stacy et The K. et plus récemment Alaska Gold Rush, nombreux sont les artistes qui ont décidé, un jour, de s’inscrire au Concours Circuit, en espérant décrocher la timballe… Ou pas, puisque participer s’avère déjà tout bénef. “C’est vraiment super constructif”, souligne Jonathan Manzitto, du groupe Billions of Comrades, grand vainqueur de l’édition 2012. “Ca nous a permis d’avoir pas mal de médiatisation, de choper des dates de concerts, et de rencontrer plein de gens intéressants”. Si la plupart des musiciens s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas là d’une fin en soi, tous reconnaissent que de tels concours peuvent servir de catalyseurs, de tremplins et de vitrines bien utiles quand on débute dans le “milieu”… D’autant qu’aujourd’hui, le Concours Circuit mise dès le départ sur les groupes qui s’inscrivent, en les secondant dès la préselection. “Ce serait dommage de tout miser sur la finale”, reconnaît David Dehard, de l’asbl Court-Circuit, qui chapeaute le concours. “C’est pour cela qu’on leur offre des séances de coaching en amont et des outils marketing qu’ils gèrent comme bon leur semble”. L’important n’est donc même pas de gagner, puisque les gains existent, quoi qu’il arrive !

AU BAC LA COMPET’

Rien ne sert donc de courir, il faut s’inscrire à point… Et pour les bonnes raisons, autrement dit (dixit Jonathan) “s’amuser, se confronter à un public et à des spécialistes (= le jury) qui te donnent un feedback et te permettent ainsi d’évoluer et de t’améliorer”. Pour Arnaud Luyckfasseel de (feu) Big Hat Band (vainqueurs en 2006), ce genre de concours crée en tout cas “une véritable émulation” entre participants, et permet d’acquérir pas mal d’expérience, de la scène et des médias. “Ca nous a clairement permis de mettre notre musique en valeur pendant un an ou deux – et même si aujourd’hui The Big Hat Band n’existe plus, j’en ai tiré des enseignements qui me servent toujours à l’heure actuelle avec Broadcast Island (son nouveau projet)”. Comme l’admet David Dehard, ce genre de concours permet donc de “booster des carrières”, même si gagner n’est pas joué. “Le groupe ou l’artiste qui décide d’y participer doit plutôt se dire qu’il s’agit d’une étape parmi d’autres… C’est pas parce qu’on est éliminé ou pas sélectionné qu’on est nul ou qu’il faut raccrocher ! Il faut y aller avec beaucoup de distanciation, et se dire que si ça marche ou pas, la question n’est pas là. Ca dépend de plein de critères, notamment du ‘feeling du moment’. Un concert n’est pas l’autre, pareil pour le public, l’ambiance… Les groupes n’ont pas souvent conscience de ça, mais ce sont des considérations qu’il faut également prendre en compte”. Et rien ne sert de s’inscrire avec un esprit de compet’ – “sportif” tout au plus – avec certes l’envie d’en découdre mais dans une dynamique positive. Fabrice Detry, vieux briscard de la cause pop (Austin Lace, Fabiola, Endz) et ex-vainqueur (en 97), insiste lui sur le fait que ça doit rester un “prétexte” : “Il faut surtout prendre ça comme un coup de pouce à un moment donné… Et y aller sans se mettre la pression, en se disant qu’il s’agit juste d’un concert en plus, où tu peux rencontrer des gens qui peuvent te soutenir et faire évoluer ton truc… Parce que même si tu gagnes, faut pas croire que tout te sera offert sur un plateau d’argent !”.

LE COPINAGE D’ABORD ?

Tenter l’aventure sans se prendre la tête, en se disant qu’il ne s’agit que d’une étape parmi tant d’autres vers la (re)connaissance, mais sans pour autant l’aborder en touriste ou en je-m’en-foutiste : voilà les conseils à suivre pour réussir “son” concours, ou du moins se faire des copains… Et puis de toute façon la gloire en Wallonie, “ça s’estompe très vite”, ironise le chanteur des Billions. Toujours est-il que certains comportements sont clairement à proscrire, selon Jerry Vandevelde, ancien booker/manager de plein de groupes étant passés par là (Montevideo, Minerale, Été 67 …), et membre (occasionnel) du jury : “C’est clair que tu vas pas forcément voter pour des mecs qui sont pas très communicatifs sur scène… Personne n’a envie de distinguer un groupe qui se montre détestable avec les journalistes ou avec les partenaires ! Même si t’es là pour jouer de la musique, il faut savoir aussi se montrer sociable, et adopter la bonne attitude”. Autrement dit se comporter en gentleman, sur scène comme en-dehors, et “susciter la curiosité, du public et du jury”, parce qu’ils sont là pour découvrir “the next big thing”. Finalement, “il s’agit d’une stratégie marketing comme une autre”, renchérit David Dehard. “Si le groupe est au taquet, on se souviendra de lui. Parce qu’on a envie de voir des artistes qui ont la gniake et qui proposent quelque chose d’original”. Moralité : aux tristes sires qui pensent que les dés sont pipés dans ce genre de concours institutionnel, sachez qu’il n’en est rien. Pareil pour l’étiquette de “groupe/artiste de la FWB”, qui contrairement aux rumeurs ne colle pas à la peau comme le sparadrap du Capitaine Haddock. Qui se souvient encore des “Sacrés Belges” à l’heure actuelle ? Personne, et sûrement pas le grand public. “On a d’ailleurs supprimé l’appellation ‘Pop Rock’ pour ouvrir encore davantage le concours à toutes les formes de musiques actuelles”, précise David Dehard… Alors inscrivez-vous ! Vous n’avez rien à perdre. Que du contraire. Vraiment.

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