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23-11-2017

Les plateformes d’aide aux musiciens : lesquelles et pourquoi ?

À l’heure des start-ups et du Web 2.0, les sites et applications créés pour booster les jeunes carrières sont légion. Mais lesquels valent vraiment la peine ? Nous avons testé quelques-uns d’entre eux.

“Pay to play”, beuglait Kurt Cobain dans une version précoce du classique Stay Away, faisant référence aux magouilles qu’ont longtemps utilisées les maisons de disques pour pousser leurs poulains au sommet du Top 50. Aujourd’hui, les pratiques ont bien changé. Internet et les réseaux sociaux sont au premier plan quand il s’agit de promouvoir un groupe, un disque, un single, un clip… Et alors que les start-ups fleurissent plus vite que Jésus ne multipliait les pains, nombreuses sont-elles à vouloir donner un coup de main aux jeunes musiciens. De telle sorte qu’on peine à s’y retrouver tant l’offre est grande. On a testé une poignée d’entre elles pour tenter de séparer le bon grain de l’ivraie.

La première qui nous vient à l’esprit
c’est WIP Music. La “faute” à une campagne agressive à souhait tant sur les réseaux sociaux que dans la rue. En bref, il s’agit d’une app qui veut mettre en contact les artistes avec des fans locaux et des professionnels, à la manière d’un “Tinder musical”. Sur un bref profil, les musiciens sont invités à publier des vidéos qui seront proposées aux potentiels intéressés en fonction de leur géolocalisation.

“Énormément d’amis artistes survivaient grâce à quelques concerts, mais finissaient tous par aller travailler derrière un bureau, déplorent les fondateurs du projet. Nous avons alors pensé à une plateforme qui leur permettrait non seulement de communiquer sur leur musique de manière géolocalisée, mais aussi de trouver facilement des scènes pour se produire et en vivre.” Le pitch est posé. L’intention est très louable, les fondateurs pleins de bonnes intentions. Mais à vrai dire, on doit avouer que l’ensemble a l’air un peu vain dans son état actuel. La faute à une ergonomie qui pousse à la découverte-kleenex et peine à prouver son intérêt par rapport aux plateformes déjà existantes.

Pour son lancement, WIP Music a organisé un concours avec quelques jolis prix à la clé (instruments, heures de studio, scènes…), mais les conditions de celui-ci étaient quelque peu floues. D’ailleurs, tous les participants “connus” qu’on a contactés (Dan San, Ulysse, The Experimental Tropic Blues Band…) n’étaient même pas au courant d’y être inscrits. “Ce sont des comptes qui ont été créés automatiquement dans le cadre de partenariats avec des grandes salles/organisateurs”, s’excuse-t-on. Soit : aucun de ces “gros poissons” n’aura raflé la mise et le concours aura eu le don de projeter cinq petits groupes sur la scène du Brussels Summer Festival, où WIP s’occupe d’une partie de la programmation du Magic Mirrors.

Bon à savoir : si l’utilisation de l’app est gratuite pour tout le monde, WIP prend une commission de 5% sur les concerts bookés par son intermédiaire (contre 15% pour un booker ordinaire, encore faut-il qu’il y ait du résultat), ainsi que sur les “tips” offerts aux artistes via l’app.

Deuxième start-up
à tenter de s’imposer récemment, Tacite est basée à Liège. Soit une solution développée pour augmenter le revenu des artistes grâce au droit à l’image sur le Web. “Lors de n’importe quel concert, il y aura des gens qui vont en capter des extraits avec leurs smartphones. C’est impossible à contrôler, et il n’y a pas de rétributions liées à ces captations, explique Jonathan Schoonbroodt, co-fondateur. Exploiter le droit à l’image, en termes de fiscalité, est beaucoup plus avantageux que de facturer sous forme de prestation. Le droit à l’image est un revenu mobilier et la taxation est beaucoup plus intéressante. Concrètement, on réserve la moitié du cachet à un contrat autorisant la diffusion des chefs-d’œuvre filmés au smartphone.” Au final, Tacite promet à l’artiste de toucher environ 25% de plus sur un cachet égal, et s’occupera bientôt des deux volets du contrat, la moitié “prestation” étant réglée par leurs soins auprès d’une agence d’intérim. Sur le contrat Tacite en question, la start-up prélèvera une commission de 6%, soit l’équivalent des “concurrents” Smart, t-heater, etc.

Sur papier, c’est carrément génial. Et on nous affirme que c’est bétonné au niveau légal. Sauf qu’à y réfléchir un peu plus loin, le modèle est difficilement applicable à petite et moyenne échelle : combien de musiciens en Belgique ont un cachet assez élevé pour pouvoir le diviser par deux tout en étant encore capable de jouer sous contrat de travail classique ? D’expérience, la réalité ressemble plus souvent à du raccommodage de bouts de ficelles pour atteindre le minimum légal…

Des concerts à la pelle ?

Parmi les nouveaux nés, nombreux sont aussi ceux qui tentent de jouer directement les intermédiaires entre groupes et organisateurs. C’est le cas notamment de BookMyProd, Gigstarter et de Recherche-musiciens. Tous les trois ont un fonctionnement relativement similaire, même si l’ergonomie varie fortement de l’un à l’autre. Le Belge BookMyProd est sans doute celui qui a le plus de gueule, et se décline en un agenda, une messagerie, un catalogue… Il est principalement axé autour des artistes qui proposent leurs services, ce n’est sans doute pas pour rien que l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège l’utilise pour le recrutement de ses musiciens remplaçants. La version gratuite est quelque peu sommaire, un compte premium (10€/mois – 100€/an) étant nécessaire pour pouvoir entrer en contact directement avec les producteurs, par exemple.

Gigstarter, quant à lui, vient des Pays-Bas et a récemment été importé chez nous, du moins au Nord du pays : le site n’existe encore qu’en néerlandais. Catalogue géant de groupes en tous genres, le site s’adresse avant tout aux organisateurs : en quelques clics, on a accès directement au cachet demandé par les groupes qu’on peut filtrer par genre. Pas sûr que ça serve vraiment les groupes qui sont invités à afficher publiquement la fourchette de prix dans laquelle ils acceptent de jouer. “On joue entre 200 et 1500 balles.” -“Ben on va vous prendre pour 200, les gars…” Par contre, Gigstarter affirme ne pas prendre de commission. C’est déjà ça de pris. Recherche-musiciens est français, et toujours à ses balbutiements à l’heure d’écrire ces lignes : outre une grille tarifaire différenciant les comptes classiques et premium (9,99€/an), la plateforme ne donne pas beaucoup d’information mis à part le fait qu’elle mettra en place un système d’annonces. À suivre donc.

Mais il n’y a pas que des initiatives privées dans cette jungle :
chez nous, les asbl Poppunt et Court-Circuit, communautaires, ont chacune leur plateforme dédiée au lien entre les artistes et les programmateurs. Ainsi, la plateforme flamande vi.be -à prononcer “vibe” et non “vi”- génère des mini-sites qui servent de vitrine principalement pour les organisateurs de concerts, mais sont aussi ouverts aux fans. Lancée en 2008, soit au début du déclin de Myspace, elle a fait ses preuves et héberge aujourd’hui plus de 10.000 profils d’artistes belges. vi.be met régulièrement des nouveaux talents en avant, et a acquis une solide crédibilité au cours des années. Le site n’est pas réservé uniquement aux artistes flamands : francophones y sont les bienvenus, nombreux ont d’ailleurs déjà accédé au prestigieux Humo’s Rock Rally par son intermédiaire. De son côté, MyCourtCircuit, le nouveau bébé de Court-Circuit, est réservé uniquement aux professionnels (programmateurs, organisateurs de tremplins…). Il a notamment servi à l’organisation des récents jurys du Concours Circuit, du festival Francofaune ou du tremplin du festival de Dour. Pour peu que les profils soient régulièrement mis à jour par les groupes, la plateforme permettra à tous les programmateurs de s’inspirer et de trouver des infos de manière centralisée.

Un dernier pour la route ? Band Tiger, application française soutenue par le service de pressage Conflikt Arts, se veut être une sorte de Yelp des salles de concerts, destinée aux musiciens. On donne une cote sur le cachet, le catering, la sono… et on évite ainsi les ennuis aux groupes qui suivront. Merci les copains !

 

/// EN BREF ///

 

WIP Music : On demande que le système fasse ses preuves. www.wipmusic.com

Tacite : Réservé aux “gros” poissons. www.tacite.be

BookMyProd : Pratique uniquement si tout le monde l’utilise. Un peu cher. www.bookmyprod.com

Gigstarter : C’est un peu le souk. www.gigstarter.be

Recherche-musiciens : On attend de voir à quoi ça ressemble. www.recherche-musiciens.com

vi.be : Devenu incontournable chez nos voisins du nord du pays. www.vi.be

MyCourtCircuit : Prometteur et déjà fort utilisé. www.mycourtcircuit.be

Band Tiger : Se refiler les bons tuyaux entre groupes ? Bien vu. www.bandtiger.com

 

Kevin Dochain
Musicien et journaliste Focus Vif

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