.01 septembre 2014
Par Luc Lorfèvre

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Murmures du son

Face à une législation obsolète en matière de limitation sonore, les salles de concerts et festivals francophones jouent la carte de l’autodiscipline. Avec des résultats probants.

Nous enlevons le bruit, pas le son.” Tel est le slogan publicitaire utilisé récemment par une multinationale pour vendre son dernier modèle de casque audio. Loin d’être originale, la formule rappelle que la problématique des nuisances sonores est devenue un élément marketing à la mode qui sert autant à vendre qu’à sensibiliser. C’est aussi vrai dans le secteur très concurrentiel de la musique live. Les festivals et salles de concert qui nous bombardaient voici encore quelques années de communiqués sur leurs initiatives “vertes” (traitement des déchets, gobelets recyclables, label “éco”), distillent aujourd’hui un message récurrent sur le confort de nos oreilles.

Une bonne chose? Oui, car il y a urgence. Selon une étude réalisée sur l’ouïe des jeunes sous la direction de Bart Vinck, professeur à l’université de Gand, nos ados auraient déjà des oreilles de… quinquagénaires. L’audition des 6-18 ans a en effet diminué en moyenne de 17% en dix ans et les cas d’acouphènesont augmenté de 12% sur le même période. Pourquoi une telle épidémie? La musique live n’est pas la seule responsable. C’est que notre oreille n’a jamais été autant soumise à des agressions. Que ce soit à cause de la pollution sonore urbaine, des méga-dancings, des complexes de cinéma ou des heures d’écoute intensive sur des baladeurs numériques. L’étude de Bat Vinck pointe un autre problème majeur: les jeunes ne prennent pas du tout conscience des risques. “On fait attention à ce qu’on mange, on prend soin de son corps, mais on oublie de préserver ses oreilles“, constate fort justement Olivier Lambert, audiothérapiste spécialiste des acouphènes chez les adolescents. “La plupart des jeunes pensent à porter des bouchons pour oreilles dans les concerts quand ils commencent à avoir mal ou se sentent agressés par le son. Mais c’est déjà trop tard.”

Face à une législation complètement obsolète en Fédération Wallonie-Bruxelles (le dernier arrêté-loi en la matière date de 1977 et limite le volume sonore dans les lieux publics à 90 dB, soit le bruit d’une tondeuse), les salles de concerts et les festivals se responsabilisent. La distribution gratuite de bouchons y est quasi généralisée et une limitation du volume, qui varie sensiblement d’une salle à l’autre (de 100 à 105 dB en moyenne) est imposée aux groupes. Lancé en Belgique en 2007 par l’asbl Modus Vivendi, le label Quality Nights est délivré aux établissements qui s’engagent à assurer des “services obligatoires” en matière de confort et la santé des spectateurs: volume maximum imposé, présence d’un sonomètre (généralement à la console), points de distribution de bouchons mais aussi d’eau ou de préservatifs, personnel formé aux premiers gestes d’urgence. Le Botanique et l’Ancienne Belgique (Bruxelles), l’Eden (Charleroi), le Cadran ( Liège), le Belvédère (Namur) ou encore l’Entrepôt (Arlon) sont labellisés “quality nights” mais la liste ne cesse de s’allonger. “Face au flou législatif,   la tendance en matière sonore est à l’autodiscipline”, confirme Fabrice Lemproye, organisateur des festivals Les Ardentes et Transardentes à Liège. “Au festival les Ardentes qui s’est déroulé début juillet, le volume sonore est limité à 104 dB. Nous estimons que c’est le juste équilibre. Le confort d’écoute et le bien-être du spectateur sont primordiaux mais il faut aussi un certain niveau sonore pour maintenir une “ambiance concert” car le public vient aussi pour ça. Je ne suis pas partisan, par contre, d’une législation sur le son plus répressive comme c’est déjà le cas avec le tabac ou la vente d’alcool pour lesquelles nous subissons régulièrement des contrôles. La prévention et l’information me semblent des meilleures solutions pour sensibiliser les spectateurs.”

Liste des établissements adhérant à la charte “Quality Nights” est disponible ici 

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