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01-08-2016

Musiques électroniques : Home studio, hardware ou software?

Dans un monde où la musique coûte plus qu’elle ne rapporte, l’économie prône et entraine la course aux services low cost, globaux et « expédiés »… Sans prétendre donner la recette exacte pour devenir un producteur à succès, nous avons dressé un bref aperçu des pratiques et des problématiques observées dans la musique électronique. Nous nous pencherons ici sur le mixage et le mastering, et sur l’importance du passage du home studio au studio pro. Pour cela, je suis allé frapper à la porte de deux talentueux producteurs très impliqués dans leurs projets respectifs.



Brice Deloose du duo génial Sparkling Bits et ingé son pro du collectif Bruxellois FTRSND : il a collaboré avec le Brachland Ensemble de Cologne et a monté Klip Klap qui crée des bandes originales de jeux, films, spectacles comme avec Charleroi Danses, etc.. Il a également organisé les nocturnes de l’ULB et les soirées Tape It!

Noza, beat maker depuis près de 20 ans déjà pour Veence Hanao, Carl Et Les Hommes Boite, Baloji (ex-Starflam), Akro ou encore Grems. Il a aussi travaillé pour des films, des dessins animés pour la RTBF et Canal + (La Vie D’Adèle). Actuellement, il se consacre davantage à son projet solo avec des sons beaucoup plus chantés dans une veine électronique plus douce.

Une fois les présentations faites, voici pour ceux qui voudraient se lancer dans la composition de musique électronique plusieurs points qui semblent essentiels à mes deux interlocuteurs. 

Pour Noza, dans un premier temps, la curiosité musicale est essentielle : « s’intéresser aux musiques de tous horizons et comprendre à quoi sert une basse, une batterie, une ligne mélodique, comment emboiter le tout. », il est important de comprendre ce qui compose un morceau.

Selon Brice, quand vous avez trouvé « votre son » via software, vous pouvez envisager votre configuration idéale. Vous commencerez à vous entourer d’autres producteurs déjà plus avancés pour comprendre quelles machines vous conviennent le mieux.

Un investissement important dans du hardware reste une motivation supplémentaire pour passer du temps avec son instrument et finir par le maîtriser. Si vous envisagez le live, pensez-y en achetant vos machines !

« Attention, le home studio a ses limites : une acoustique trop confortable et personnalisée peut être une erreur, il est possible que le résultat ne soit pas bon dans un autre cadre acoustique », prévient Noza. Il suffit parfois de l’écouter dans un autre studio pour l’entendre autrement ou de le faire écouter à quelqu’un d’autre pour être dans un état d’esprit de partage et d’autocritique. La production paraît alors totalement différente.

MIX ET MASTER EN STUDIO PRO

Une fois que vous pensez votre morceau fini, il est en réalité loin de l’être ! Si vous voulez proposer une musique correspondant aux standards actuels de qualité, il vous sera indispensable de la faire mixer et masteriser.

Il existe toutes sortes de home studios et de studios pros faisant tant du mix que du mastering, ou même les deux. Au-delà de l’aspect pécuniaire, il est très important de choisir son studio en fonction de l’ingé son. Il devra avoir une culture musicale impressionnante et, idéalement, un pied dans la production musicale. Renseignez-vous, un ingé son spécialisé dans votre style musical est un plus ! Parfois il arrive que certains labels, défendant une certaine identité musicale, imposent leur ingé son préféré.

Concrètement, le mixage consiste en l’équilibrage d’un titre sur base des différentes pistes afin de rendre le tout harmonieux. L’ingé son va nettoyer votre morceau, ira chercher des fréquences de sons sous-exploitées pour faire ressortir certains instruments, il sublimera votre son.

Dans un second temps, les deux beatmakers conseillent vivement d’aller à la rencontre d’une personne ayant déjà un niveau avancé. Rien ne vaut une bonne démonstration live ! Pour ce qui des tutoriels Youtube, Noza recommande d’en suivre dans le but de parfaire votre connaissance des programmes à votre disposition.

Brice : « Tant que je suis plongé dans la composition, je me concentre davantage sur la recherche de sons et la structure générale du morceau. Je ne m’attarde pas trop sur le mix car c’est certainement la partie la plus pointilleuse et la plus longue qui risque de me faire perdre le fil de mes idées. »

Une fois convaincu de votre envie d’aller plus loin, vous éprouverez le besoin de vous offrir un certain confort de travail. Mes deux interlocuteurs s’accordent sur un point très important : les premiers investissements doivent être des enceintes de qualité et une bonne acoustique de la pièce. Ce sont les impératifs pour obtenir un son au plus proche de la réalité.

Ensuite, à vous de savoir si vous voulez travailler sur hardware (claviers, machines, boites à rythmes, tout ce qui est physique) ou software (programmes informatiques), selon vos besoins. Pour faire votre choix, sachez que dans la musique électronique le son hardware est ce qu’il y a de plus chaleureux. En effet, l’analogique est la passerelle entre la musique électronique et la musique acoustique. Le soft permet une finition plus rapide et le hardware, une création plus vivante et instinctive grâce au rapport directement physique à l’instrument.

Paradoxalement, pour la recherche de son et la création de leur identité propre, Noza et Brice ont deux approches différentes. Tandis que le premier a commencé à l’aide de machines, le second préconise l’utilisation d’instruments virtuels, logiquement meilleur marché et offrant un plus grand champ de possibilités.

Aujourd’hui, Noza sait exactement ce qu’il veut et est davantage préoccupé par ses structures de morceaux que par la création. Il a lâché le hardware pour les soft qui l’aident à séquencer et ordonner très facilement ce qu’il a pianoté sur son clavier à midi.

Le mastering est l’adaptation du son aux standards de diffusion sur base du master déjà mixé tout en le magnifiant encore, et en créant une cohérence entre les titres dans le cas d’un album.

Un conseil : comme quand vous investissez dans du hardware, vous ne voulez pas avoir la sensation de gaspiller l’argent que vous investirez dans votre mix et votre master. Vous vous assurerez donc d’arriver au studio avec la meilleure version que vous pouvez sortir de votre morceau, avec une base prête à être mixée.

Le problème actuel est le manque d’argent à tous les niveaux suite à la crise du disque et, là où les labels pouvaient se permettre d’investir dans la production, le mixage et le mastering du disque, c’est souvent aujourd’hui à l’artiste émergent de sortir l’argent de sa poche.

De ce fait, de plus en plus de studios font des prix avantageux, incluant mix et mastering. Or, on recommande de passer par deux ingé sons différents pour chaque étape car chacun a sa spécificité et il est toujours bon d’avoir un regard frais sur le son pour le mastering.

Le Stem Mastering est l’exemple le plus concret de cette course à l’économie. Pour 50 à 100€, l’ingé son va faire le mix et le mastering en une seule manipulation en mixant le morceau sur base d’un nombre restreint de pistes telles que bass L, bass R, melodic L, melodic R, etc… 

Pire, landr.com est un site proposant des services de mastering automatisés à partir de 6$ / mois. L’algorithme se dit doué d’une intelligence artificielle et construit autour d’un moteur adaptatif qui écoute et réagit à la musique. À tester…

En réalité, il faut savoir qu’un mix bien fait demandera 4 à 5 h de travail et le master, 1 à 2 h. Dans les milieux plus indé, ca vous coûtera 130 à 250 € par titre pour les deux (le mix coûte en général le triple du prix du master à niveau de studio égal). Pour l’artiste qui signe sur une major le mix ou le master d’un titre varient entre 200 et 1000 € ou même plus pour les ingés “stars”.

En conclusion, ne restez pas cloîtré dans votre home studio, ne soyez pas radin et ne croyez pas déjà tout savoir parce que vous l’avez lu sur internet ! Investir dans un studio pro, c’est payer l’expertise et l’expérience d’un ingé son, la connaissance de son installation et de ses machines ainsi qu’une acoustique irréprochable. Il a la connaissance de la science du son et la faculté de mieux le comprendre.

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