.05 juin 2020
Laura HANEQUAND

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La reprise des concerts : un panel d’options qui laisse dubitatif

Par Clément Larue

Les salles de concerts soufflent, même si une aide respiratoire sera nécessaire pendant un bon moment. Le Conseil National de Sécurité (CNS) du 3 juin a décidé de faire entrer la Belgique dans une troisième phase de son déconfinement.

Comme l’a dit la Première ministre Sophie Wilmes : « Nous sommes partis d’une interdiction de tout sauf… A une permission de tout sauf… ». Le secteur culturel va pouvoir reprendre vie au fur et à mesure. Dès le 8 juin, les répétitions et les résidences pourront reprendre car elles n’impliquent pas de public. Cette reprise d’activité professionnelle sera la première étape de reprise : le 1 er juillet, les activités culturelles impliquant un public pourront à nouveau avoir lieu. La limite est fixée à 200 personnes, un port du masque est vivement conseillé, les regroupements de personnes aux abords du lieu seront interdits.

Une série de conditions est nécessaire afin de continuer à enrayer le coronavirus dans notre pays. Les nombreux détails plus pratiques pour cette probable reprise des concerts sont encore à fixer. De plus, le CNS peut décider de faire marche arrière à tout moment, compte tenu de la situation épidémiologique.

Même si la nouvelle paraît réjouissante, une question de mise en place ainsi que de rentabilité se pose chez les organisateurs de concerts. En effet, une limite à 200 personnes (voir moins) dans un endroit restreint instaure un plafond des frais afin de ne pas se retrouver perdant financièrement. Dans une salle, la distanciation sociale est impossible à respecter si on souhaite avoir un public suffisant pour atteindre le seuil de rentabilité et éviter des pertes. C’est le cas de l’Atelier Rock à Huy : « Notre salle dispose d’une jauge de 250 personnes, avec la distanciation on est limité 40 ou 45 personnes. C’est impossible d’organiser un concert dans ces conditions, surtout que l’on ne sait même pas si la vente de boissons sera autorisée ou gérable », commente son coordinateur, Patrice Saint-Rémy. Le débit ou non de boissons n’est pas encore communiqué, alors qu’il est souvent vital dans le milieu des salles de petites et de moyennes capacités. C’est l’avis de Samuel Baems pour Le Salon à Silly : « Sans bar, le concert n’est pas rentable : ce n’est pas plus compliqué que ça. Et même un bar avec un public à jauge réduite me paraît compliqué financièrement ».

Des alternatives possibles mais complexes

Le seul moyen de fournir un bon accueil aux artistes et payer les techniciens, serait donc d’augmenter le prix de la place. Cette répercussion peut compromettre beaucoup d’évènements à venir, comme l’explique Samuel Baems : « Certains de nos concerts sont budgétisés avec un taux de remplissage assez élevé, diminuer la capacité nous empêchera donc de programmer certains artistes ». Il poursuit avec une option : « Programmer des artistes émergents issus de Belgique, et majoritairement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), reste le plus faisable financièrement pour nous et les autres organisations de concerts membres de Court-Circuit ». Une possibilité qui se révèle plus sûre, comme le soldout n’est que rarement pressenti avec des artistes « découverte » et locaux. Cette forme de productions garantit une programmation pour l’automne 2020 à de nombreux lieux consacrés à la musique.

En effet, la majorité des artistes ont reporté leurs dates à 2021. Cependant, les salles de concerts souhaitent reprendre une certaine activité. La scène locale va donc bénéficier d’un boulevard devant elle pour se produire. Étant donné les jauges et tournées réduites, on mise sur le local au Brass à Forest : « On vise même plus local que la FWB : on va faire la promotion d’artistes de Forest via un plan de relance. », défend – le programmateur musical – Quentin Velghe. Comme au Salon et à l’Atelier Rock, le Brass n’aura pas réellement de saison cet été, celle-ci reprendra en septembre. Ces trois acteurs, tout comme le Jazz Station à Bruxelles comptent laisser passer l’été : « La saison reprend en septembre, et on espère avoir un assouplissement des mesures à ce moment-là. Si on devait faire deux mois de concerts avec ce respect des distances entre les gens (et nos tables), ça serait très compliqué de ne pas perdre d’argent ».

Autre option évoquée par chacun des intervenants : l’extérieur. Afin de rattraper le vide provoqué par le confinement, l’organisation de concerts en plein air apparaît comme la solution du bon sens durant cette phase 3 et 4 du déconfinement.

La fausse bonne idée des concerts en extérieur cet été ?

Attirer une capacité de 200 personnes en extérieur pour un concert, l’idée est attirante vu sous cet angle. Pourtant, le scénario se complexifie pour des petites structures comme celles évoquées plus haut. « Il faut déjà que la commune donne des autorisations, et que les endroits choisis se prêtent à l’adaptation du lieu pour un concert », avance Patrice Saint-Remy. Mais les coûts logistiques augmenteraient drastiquement si l’on souhaite mettre en pratique cette option. Du côté de Silly, on va tenter d’animer le jardin du Salon : « On veut des concerts en petit comité, assez intimistes. On va être sur des petites productions pour garder une activité cet été simplement. Si le succès est rencontré où que la représentation doit se faire en intérieur, on réfléchit à des concerts en plusieurs séances : mais un accord de l’artiste est primordial. »

Ce problème se pose pour un événement plus important en Wallonie : le Durbuy Rock Festival. Outre la crainte de ne simplement pas pouvoir organiser un événement rassemblant 1000 à 1500 personnes par jour en septembre, se pose la question de rassembler du monde en intérieur. Son organisateur, Bernard Hemblenne, planche actuellement sur la possibilité de passer tout le festival en extérieur. « Le but est d’augmenter la surface pour que les gens puissent se disperser, même s’il me semble difficile d’obliger les gens à respecter cette distanciation devant une scène (surtout pour du metal). Cette surface permettrait donc une ‘distanciation théorique’ » explique-t-il. D’autres facteurs comme la météo, la présence d’un chapiteau ouvert sur les côtés, ou encore le service de la nourriture font débat.

Une vraie reprise en septembre

Cette autorisation des concerts dès le premier juillet n’enchante donc pas vraiment les organisateurs. Le creux de l’entre-saison qu’est l’été est bénéfique aux salles qui préfèrent entrevoir une reprise plus sereine en septembre. Cette question de la rentabilité inquiète profondément les petites et les moyennes structures qui ne peuvent se permettre d’organiser des productions à perte. Le CNS a donné l’autorisation, mais des aides seront nécessaire à la reprise de septembre si une forte distanciation est toujours de mise.

Dernière crainte que les organisateurs interrogés anticipent : que l’offre dépasse trop largement la demande. Même si le public est au rendez-vous, celui-ci devra faire des choix pour raisons budgétaires. Le risque de la rentabilité sera donc accentué par une offre trop importante pour les petites structures musicales d’un territoire comme la Wallonie et Bruxelles.

Photo : Wuman @ Le Salon (Concours Circuit 2016)

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