.12 septembre 2023
Par Stanislas Levacq

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La rémunération des artistes lors de concerts. Où est le juste prix ?

La question de la négociation du cachet est toujours délicate lorsque l’on programme un concert ou que l’on veut faire jouer son groupe lors d’un événement. Là où les cachets exorbitants des têtes d’affiches en festival sont exhibés dans certains articles de presse, on peut se demander si cette hausse est généralisée à l’ensemble du secteur ou qu’elle est simplement symptomatique d’une centralisation de l’attention sur certains artistes.

Dans la plupart des cas, la question du juste prix pour un·e artiste dépendra de sa visibilité couplée au budget disponible autrement dit la loi de l’offre et de la demande. Pour aller plus en profondeur, deux programmateurs nous ont donné leurs points de vue sur cette question. 

Pour Bernard Hemblenne, programmateur au Durbuy Rock et agent chez DRF booking, une distinction est à faire avant toute chose :

“On ne calcule jamais un cachet par musicien […] en tant qu’organisateur nous n’engageons pas de musiciens mais achetons des spectacles. […] Pour une première partie d’un groupe émergent mais inscrit au programme Rock de la FWB. Un minimum de 125€ de participation est demandé à l’organisateur pour pouvoir bénéficier du soutien Art et Vie. Ce qui ramène le cachet d’une première partie à un montant de 250€.”

Pour Gabriel Alloing de la Ferme du Biéreau et producteur de spectacles :

“Le prix varie en fonction de l’estimation de remplissage. cependant lorsque l’on arrive à moins de 250€, coût employeur, par tête (techniciens compris) pour un projet artistique confirmé, cela me semble peu. […] Pour une première partie à La Ferme, le budget est fixe et de 250€ pour la prestation du groupe ou de l’artiste. […] La distinction est à faire entre les barèmes – grilles salariales qui encadrent le salaire des travailleurs par secteur et les cachets artistiques qui sont semblables à ceux des indépendants et non fixés sur des barèmes officiels.”

Il est donc difficile de comparer la production d’un spectacle de musique classique avec des musicien·nes professionnel·les salariés à un groupe de rock émergent. Le statut professionnel n’est pas le même en fonction de la situation. Dans le cas d’un spectacle où les musicien·nes seraient payé·es au barème suivant leur commission paritaire, peu importe le succès populaire, ils/elles seraient face à un plafond de verre dans leur rémunération. D’une part avec des conditions de travail garanties mais de l’autre avec une rémunération fixe. 

Également interrogée à ce sujet Nadine Renquet d’Asspropro (Association des programmateurs professionnels) complète :

Idéalement un prix de vente d’un spectacle devrait pouvoir comptabiliser tous les frais annexes mais on constate qu’ils sont souvent ajoutés dans le contrat, et il semblerait que dans la musique ces prix de ventes se négocient souvent plus qu’ailleurs. Les cachets ne sont pas toujours fixes peuvent varier en fonction des conditions de prestation (évènement, déplacement, affiche,..). Les jeunes artistes privilégient parfois le plaisir d’être sur scène au détriment de leur cachet.. Là où d’autres avec plus de notoriété peuvent se permettre de demander des cachets plus élevés. Il semble que le secteur de la musique soit moins structuré et plus disparate en termes de rémunération comparée à d’autres secteurs artistiques. [..] Concernant la notion de « professionnel et amateur », pour moi, un artiste professionnel vit de son art contrairement à l’artiste amateur qui le fait en dilettante et qui a un autre emploi à côté. Cela ne remet certainement pas en question leurs compétences, leurs études, leurs qualités, leur passion mais il y a simplement un des deux qui ne vit pas de sa musique. La notion de cachet pour l’artiste amateur est donc différente puisqu’il n’en vit pas.

Un spectacle en musique actuelle est donc vu comme un produit fini dont le prix varie en fonction de sa capacité à drainer un public et à négocier un contrat sans qu’il n’y ait un minimum légal défini. 

Salarié·e Indépendant
Salaire minimum En fonction de la commission paritaire 304 Pas de minimum
Horaire 8h par jour Pas de maximum
Autonomie Subordination à l’employeur·euse et ces missions Au contrat
Administration Sauf poste spécifique l’employé·e n’a pas à se soucier du suivi comptable, fiscal et ses cotisations sont payées automatiquement par l’employeur·euse Suivi comptable et fiscal, gestion des client·es, paiement des cotisations sociales.

A titre d’exemple avec un statut d’employé ponctuel et pour une prestation facturée via SMart, le minimum est de 3h et donc 61,06 € HTVA. Tableau rémunération artistique SMart

Montants minimums à facturer, SMart 2023.

Dans le cas où ce projet atteindrait un succès populaire conséquent (festivals, radios, tournées,..), la paie sera proportionnelle au succès généré. Les aides publiques viennent donc soutenir la diffusion des artistes de la FWB et garantir un minimum défrayé à ces musicien·nes qui pour la plupart exercent cette activité en complément à leur emploi principal. 

Quant à la création de spectacles musicaux, ceux-ci sont encore très peu développés en Belgique francophone à ce jour. En effet, le modèle économique est peu viable. 

Il serait aujourd’hui impossible de salarier des musiciens dans notre ASBL compte tenu de toutes les charges sociales auxquelles je devrais faire face mais aussi car ils sont non professionnels vu que ce n’est pas leur activité principale.” 

Bernard Hemblenne

“Quelqu’un qui sort du conservatoire de musique qui se lance dans un projet est déjà dans une dynamique professionnelle vu qu’il a fait une école pour en faire son métier, de même pour un acteur. La différence est ténue et difficilement objectivable, c’est souvent du cas par cas.[…] Dans le cadre de projets musicaux coproduit avec du théâtre et lorsque l’on rentre dans du Tax Shelter, il est possible de rentrer dans des mensualisations de salaire dans un temps défini..”

Gabriel Alloing

Le modèle de la création du théâtre ou du cinéma avec contrat de travail n’est donc aujourd’hui que très rarement considérable dans le secteur musique actuelle sans une intervention au niveau de la charge salariale. Le Tax Shelter appliqué au domaine des musique actuelles pourrait pallier ce manque mais en attendant cela reste très peu envisageable au vu de la réalité budgétaire des lieux de diffusions.

Enfin reste la question de la facturation. Les artistes passent généralement par une structure de booking ou un service comme la SMart afin de facturer les prestations à l’organisateur·rice. Lorsque ces options ne sont pas disponibles pour l’artiste (pour un nouveau projet par exemple) il reste la solution du RPI (qui deviendra tout bientôt l’IAA – indemnité pour artiste amateur). Cependant, rappelons-le, ce type de contrat est limité et n’entre pas en compte dans les calculs d’accès au statut d’artiste.

Pour conclure, il est important de garder en tête qu’un booking contient son lot d’opportunités autant pour le/la programmateur·rice que pour le projet musical concerné. En fonction du lieu, de l’affiche et du public attendu, il y a des concerts qui valent le coup d’avoir sur son CV de musicien·ne. Dans l’autre sens, le métier de programmateur·rice c’est aussi savoir saisir l’opportunité au bon moment. Lorsqu’un projet de qualité ne bénéficie pas de l’attention qu’il mérite, des moyens nécessaires pour se produire dans des lieux de qualité ou simplement qu’il est sur la piste de décollage imminent..

Comme on l’écrivait déjà dans notre revue en 2018* : “Si les petits organisateurs avaient pour obligation de proposer des contrats de travail à tous les musiciens, ils ne programmaient plus que des artistes dont la notoriété permettrait de remplir leur jauge et de demander un prix d’entrée élevé. Cela signifierait surtout la mort des petits organisateurs, qui mettraient un terme à leurs activités de défrichage musical, et celle de nouveaux groupes qui ne trouveraient plus aucun lieu pour être diffusé.”

Les horaires de répétitions, d’apprentissage et de travaux administratifs n’entrent donc généralement pas en compte dans le calcul d’un cachet artistique mais il est important de fixer la limite “acceptable” jusqu’à laquelle on se donne dans son projet musical. Du point de vue de l’organisation, la qualité de prestation d’un groupe influencera fortement la réussite d’un concert. Il est donc important d’accueillir ceux-ci dans les meilleures conditions qu’il soit.

 *Court-Circuit, & Dehard, D. (2018, août 28). Court-Circuit Revue 2018, p. 33-35. Issuu.