En février 2026, Live DMA (European network for live music venues, clubs & festivals) et Reset! (The European network of independent cultural and media organisations) ont publié deux cartes inédites : l’une sur les festivals, l’autre sur les salles de concerts en Europe. Ces outils révèlent une réalité souvent méconnue du grand public : la concentration croissante de la propriété des lieux et événements musicaux entre les mains d’un petit nombre de groupes transnationaux.
Ce qu’il faut retenir
1. Une concentration verticale et horizontale
- 4 groupes dominent : Live Nation, AEG, CTS Eventim et Superstruct contrôlent plus de 150 des plus grands festivals en Europe, ainsi que des arènes, des systèmes de billetterie et des agences de booking.
- Exemple : Live Nation, via sa filiale Ticketmaster, domine le marché de la billetterie, avec des pratiques controversées comme la tarification dynamique (prix variables selon la demande).
- Impact : Ces groupes captent une part majeure des revenus, laissant peu de marge aux petits acteurs.
2. Une prédominance américaine
- Les leaders du secteur (Live Nation, AEG) sont américains, ce qui pose la question de la souveraineté culturelle européenne et de la diversité des programmations.
3. Menace sur la diversité culturelle
- Les petits lieux indépendants (salles associatives, clubs, scènes locales) jouent un rôle clé dans l’émergence d’artistes et la vitalité des territoires. Pourtant, ils subissent :
- Une pression immobilière (hausse des loyers, etc.)
- Des coûts opérationnels croissants (réglementations, inflation)
- Un déséquilibre structurel : les revenus générés par les artistes une fois qu’ils accèdent aux grands festivals ou arènes ne reviennent pas aux lieux qui les ont soutenus en début de carrière.
4. Difficultés pour les artistes émergents
- Les circuits traditionnels (petites salles → festivals locaux → grandes scènes) se rétrécissent. Les artistes dépendent de plus en plus des algorithmes des plateformes ou des choix des grands groupes, limitant leur liberté créative.
5. Accès à la culture en danger
- La logique de profit des grands opérateurs favorise les événements à forte rentabilité, au détriment des projets risqués ou innovants.
- Résultat : une uniformisation de l’offre culturelle et un appauvrissement des territoires (déserts culturels ou tarifs inaccessibles).
Pourquoi c’est important pour Court-Circuit ?
En tant que fédération, nous défendons :
– La diversité des lieux : petits, indépendants, ancrés dans leurs territoires.
– L’équité économique : une meilleure redistribution des revenus vers tous les acteurs.
– L’accès à la culture pour tous : des tarifs abordables, une programmation variée, une présence sur tout le territoire.
– La souveraineté culturelle : des choix artistiques libres, loin des logiques purement commerciales.
Ces cartes sont un outil pour interpeller les pouvoirs publics et mobiliser les citoyen·nes : car quand on achète un billet, qui soutient-on vraiment ?
Le policy paper de KEA European Affairs (février 2026) propose des pistes concrètes pour encadrer la concentration du secteur et soutenir la diversité culturelle : Adapter les règles de concurrence, interdire les pratiques spéculatives comme la tarification dynamique, créer un observatoire européen, soutenir les acteurs indépendants (augmentation des financements des salles et festivals locaux), taxe sur les billets pour financer les petits lieux et les artistes émergents, quotas de programmation, dialogue et sensibilisation…