.15 novembre 2019
Par Pablo Fleury et Jonathan Tepper

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Le b.a.-ba du booking

A la fois dénicheur·euse, développeur·euse de talents et prescripteur·euse artistique, le rôle de bookeur·se est essentiel dans le secteur musical. Si le métier peut faire rêver, le manque de formations et le relatif flou autour de l’activité peut néanmoins en faire hésiter plus d’un·e avant de se lancer.

Le rôle du bookeur ou de la bookeuse est de prospecter, négocier et d’organiser les dates de concerts pour les artistes avec qui il/elle collabore et ce, sur un territoire plus ou moins large (régional, national, international). Bien qu’aujourd’hui un·e artiste puisse trouver et gérer ses dates de concerts seul·e, un·e (bon·ne) tourneur·euse reste le meilleur moyen de jouer plus, dans de plus grandes salles ou sur de nouveaux territoires !

Il n’existe en Belgique francophone, ni études, diplômes ou formations pour ce corps de métier. Paradoxal quand on sait que le live est la principale source de revenus des artistes ! La débrouillardise, un grand sens de la négociation et surtout une passion sans faille seront vos meilleurs atouts pour faire vos premiers pas.

Créer son réseau

Avant tout, familiarisez-vous avec “l’écosystème musical” dans lequel vous vous situez. Qui en sont les acteur·rice·s ? Comment travaillent-ils/elles ? Quelles sont leurs habitudes tarifaires ? Quelle salle a quelle identité ? Quelle capacité ? Existe-t-il des aides financières ? Des moments de rencontres pros ? Des festivals de showcases ?

Autant de questions qui vous feront rencontrer les bonnes personnes et vous feront mieux comprendre le fonctionnement d’une scène musicale, savoir quels “leviers” activer, démarcher correctement les organisations au moment opportun et tisser votre réseau. Votre compréhension de “qui fait quoi comment” et ledit réseau seront vos plus grandes ressources pour gagner en expérience et en crédibilité auprès du secteur.

Tip #1 : Bougez, soyez partout. Que ce soit pour rencontrer les programmateur·rice·s et/ou des nouveaux artistes, n’hésitez pas à aller aux concerts et rencontrer les gens. L’interaction directe est très complémentaire et nécessaire aux mails et téléphone.

Identité musicale

Inutile de vouloir trop faire dès le début, concentrez-vous sur un·e artiste ou deux max. en lesquel·le·s vous croyez dur comme fer. Assurez-vous bien sûr qu’ils/elles n’aient pas déjà un·e bookeur·euse ! Au fil de vos expériences vous pourrez multiplier les collaborations et développer votre catalogue d’artistes (“roster”) en veillant à la fois à ce qu’il soit attractif, cohérent et surtout qu’il corresponde à vos propres goûts musicaux. En parallèle à vos démarches de prospection, les artistes avec lesquel·le·s vous travaillerez participeront à établir une identité à votre structure.

Tip #2 : Veillez à bien définir votre rôle et à travailler en bonne intelligence avec le groupe et son entourage (manager·euse, label/maison de disque). La part de travail à assurer vis-à-vis d’un·e artiste varie d’un projet à l’autre en fonction de ses besoins, il est donc important de discuter très concrètement de ce que vous souhaitez proposer au groupe et ce qu’il attend de vous. Un “agreement sheet” permettra de définir les conditions de collaboration (le pourcentage de votre commission, votre “territoire attribué”, les limites de la collab’…). Il ne s’agit toutefois pas d’un contrat à proprement parler !

Séduire et négocier

Plusieurs facteurs pourront vous aider à convaincre un·e programmateur·rice de faire jouer vos protégé·e·s. Mettez par exemple en avant leur potentiel (reviews enthousiastes, attention accrue du milieu musical, nombres de streams) ; leur actualité (perspective d’albums ? Un clip est-il prévu ?) ; en démontrant qu’une fanbase locale potentielle existe (le groupe a-t-il des connections avec la ville ? A-t-il déjà été repéré dans des radios locales ? Qu’en disent les statistiques Spotify ou Facebook ? Y a-t-il des artistes locaux·ales similaires ?). Veillez à connaître au mieux vos interlocuteur·rice·s, familiarisez-vous avez leurs lignes artistiques (évitez de négocier un·e artiste folk dans une salle qui ne fait que de l’urbain, tout le monde y perdra son temps) et leurs contraintes (une petite salle pourra plus facilement programmer un jeune groupe inconnu qu’une grande salle aux frais fixes plus importants). Il peut suffire d’une expérience réussie pour que le ou la programmateur·rice puisse avoir confiance en votre habilité à dénicher des artistes talentueux·euses aux esthétiques qui conviennent à sa salle ou à son festival.

Tip #3 : Pour se familiariser avec le métier, en apprendre les codes, rencontrer différent·e·s acteur·rice·s et mieux comprendre leurs interactions, rien ne vaut un stage dans une agence de booking !

La tournée

Les agendas ayant tendance à se remplir rapidement, il vaut mieux s’y prendre au moins 6 à 7 mois à l’avance (voir plus !) quand vous cherchez à programmer une tournée. Cela pour s’assurer de la disponibilité des salles et travailler un planning réfléchi aussi bien en terme de lieux de concerts que de leur situation géographique et de l’enchaînement des dates dans un ordre cohérent.

Tip #4 : Optimisez un maximum l’enchaînement des dates pour que les déplacements du groupe ne dépassent pas 4 à 5h max de trajets journaliers (la route, ça épuise et ça coûte !). Evitez les days off !

Trouver des concerts, c’est tout ? 

Vous vous doutez que non. Une fois une date conclue, il faut se charger de transmettre les fichiers promo et supports techniques à l’équipe de programmation (press kit à jour, photos récentes en HD, bios, liens d’écoutes, clips vidéo, rider…). Le ou la bookeur·euse s’assure que l’orga dispose de tout ce qui est nécessaire pour la bonne promotion de l’artiste.

En amont et durant les tournées, le/la tourneur·se est responsable de la bonne logistique et du respect du planning. Les horaires sont-ils communiqués ? Le rider est-il respecté ? Un logement est-il prévu pour l’artiste ? A quelle heure faut-il prendre la route le lendemain pour arriver à temps au concert suivant ? Il faudra également se charger de réclamer les cachets aux organisations des concerts et établir les fiches de paie des artistes et des technicien·ne·s qui les accompagnent.

Tip #5 : de-la-mé-thode. Retroplanning, mémos, fichiers excels, rappels… Tout est bon pour n’oublier aucun détail et être un·e allié·e de choix pour l’artiste et les programmateur·rice·s.

Le booking est un métier passionnant mais qui demande beaucoup d’abnégation. Le tout sans pour autant garantir une entrée d’argent régulière, surtout les premières années. Un bon carnet d’adresses, le sens de la négociation et surtout, un flair artistique seront vos meilleurs atouts. Pour terminer, gardez en tête qu’il peut parfois suffire d’un succès pour attirer de nouveaux artistes et se faire un nom dans le milieu musical !

Tip #6 : Plus d’infos et d’autres aspects sur le booking dans les ressources de www.courtcircuit.be

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