.22 juillet 2021
Par Luc Lorfèvre

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Covid Safe Ticket : une solution pour les lieux de concerts?

Le Covid Safe Ticket donne de nouvelles perspectives pour les festivals d’été de plus de 1.500 personnes qui peuvent désormais fonctionner à capacité pleine et sans gestes barrières. Du  1er au 30 septembre, les salles d’une capacité supérieure à 1.500 personnes pourront aussi l’appliquer. Pour les lieux culturels aux jauges plus réduites, ça reste encore flou pour la rentrée mais l’espoir est là.

Le verre est-il à moitié rempli ou vide ? On ne répondra pas à la question pour mieux se concentrer sur la réalité pragmatique. Après dix-huit mois de pandémie, un vent de liberté souffle de manière plus affirmée sur la culture et le secteur de la musique live. Se rendre à un concert sans masque, sans mesurer le mètre cinquante qui nous sépare de la bulle voisine, en restant debout et en étant libre de ses mouvements, c’est désormais possible. Oui. Ce qui était encore impensable au début de l’été se concrétise au mois d’août. Des événements musicaux en plein air comme le Petit Esperanzah !, le Micro de Liège, le Ronquières Festival, les Nuits Solidaires ou les Nuits Botanique se dérouleront sans gestes barrières avec des capacités d’accueil (et donc des rentrées d’argent) beaucoup plus importantes que prévu sans pour autant mettre en péril la santé des spectateurs. Deux-mille-cinq cents personnes par jour au Micro, 25.000 spectateurs quotidiens sur le site de Plan Incliné, 1.600 fans de Girls In Hawaii sous le Chapiteau des Nuits Bota… Public, artistes, équipes techniques, fournisseurs, stands Horeca… Tout le monde peut se réjouir.

Cette ouverture, car ouverture il y a, on la doit au Covid Safe Ticket. Officiellement annoncé par le Comité de Concertation qui s’est tenu le 19 juillet avant d’être validé dans la foulée par un vote de la Chambre en séance plénière, cet outil s’inspire du “Pass” sanitaire déjà bien connu de celles et ceux qui ont voyagé à l’étranger ces derniers mois. Le Covid Safe Ticket conditionnera à partir du 13 août l’accès à des événements de plus de 1.500 personnes en extérieur qui pourront se tenir sans contraintes sanitaires.. Il sera également d’application en septembre pour les événements en intérieur accueillant plus de 1.500 personnes. Il n’a pas (encore ?) été prévu de le prolonger au-delà du 30 septembre.

Mode d’emploi

Pour obtenir le Covid Safe Ticket, il faut remplir l’une des trois conditions suivantes :

    • Être complètement vacciné (deux doses, 14 jours de délai après la seconde dose).
    • Fournir un test PCR négatif de moins de 48 h (la Fédération des Festivals avait demandé 72 h, cela pourrait encore évoluer) ou un test rapide antigénique négatif de moins de 24h.
    • Présenter un certificat de rétablissement du Covid.

Les enfants de moins de douze ans ne doivent avoir un Covid Safe Ticket.

Le Covid Safe Ticket sera disponible via l’application officielle (https://covidsafe.be) mais peut aussi être délivré en format « papier » sur demande.

Un outil, pas un choix

Contrairement à une idée réductrice véhiculée sur les réseaux sociaux au début de l’été, ce Covid Safe Ticket n’a pas été uniquement pensé comme un outil « du lobby flamand pour valider le Tomorrowland » qui, du reste, n’aura pas lieu cette année. Non, le Covid Safe Ticket permettra non seulement la tenue de nombreux festivals sans contraintes sanitaires, mais servira aussi au retour des supporters dans les stades de foot ou au Grand Prix de F1 à Spa-Francorchamps le 29 août. A noter aussi que la Fédération des festivals, qui était favorable à son instauration, avait plaidé pour que des organisateurs d’événements rassemblant moins de 1.000 personnes puissent l’utiliser. Mais le Codeco du 19 juillet s’est contenté de descendre à 1.500, tant pour les événements en extérieur que ceux en intérieur à partir du 1er septembre.

«Revenir à notre ADN »

« Nous sommes bien conscients des contraintes et du coût d’un test PCR pour les personnes qui n’ont pas reçu le vaccin », explique Gino Innocente, directeur du Ronquières Festival. «Mais le public doit savoir que lorsqu’il va pénétrer sur le site, il retrouvera son Ronquières Festival d’« avant » la pandémie. Notre édition 2021 n’est pas bradée. Ce n’est une édition « light ». Elle présente une affiche exceptionnelle, avec de nombreux talents de la Fédération mais aussi des artistes internationaux. Le public pourra bien sûr choisir de garder son masque sur le site. Mais il ne sera plus obligé de le faire. Les spectatrices et spectateurs pourront se déplacer, aller devant la scène, se rendre au bar, danser, « chiller ». Il sera libre. En accueillant le public avec la pleine capacité de notre site, c’est aussi un signal positif non négligeable qu’on envoie à tous les artistes, aux techniciens, aux fournisseurs qui retrouvent une activité normale. »

Même son de cloche chez Paul-Henri Wauters, directeur du Botanique, qui organisera du 8 au 26 septembre les Nuits Botanique en mode Covid Safe Ticket. «En tant que centre culturel de la Fédération Bruxelles-Wallonie, notre mission et notre ADN consistent à organiser des concerts live avec tout ce que cela implique comme échanges et comme dynamique entre le public et les artistes. Jusqu’à présent, aucune des solutions proposées depuis le début de la pandémie, nous permettait de nous rapprocher pleinement de cet ADN. Le Covid Safe Ticket, ce n’est pas nous qui l’avons choisi. Mais c’est aujourd’hui l’outil qui nous permet de faire notre métier dans les meilleures conditions et d’amener plus de public devant les scènes. Economiquement, c’est aussi important pour le secteur, car on peut refaire travailler nos équipes à plein régime. On sait qu’en choisissant ce parti pris, certaines personnes ne pourront pas accéder à nos événements, parce qu’elles ne sont pas vaccinées, ont un test PCR négatif ou ne veulent pas en faire. Je le regrette mais je ne veux pas non plus rentrer dans un débat éthique ou philosophique. A un moment donné, il faut être pragmatique.

Certains opérateurs qui se montrent plus mitigés par rapport au Covid Safe Ticket, avancent en effet des réserves, portant sur l’organisation pratique (contrôle à l’entrée, scanning, remboursement pour le public qui pensait assister à un événement en bulle sans document sanitaire à présenter, …) ou la mise en place d’un système favorisant selon eux une fracture sociale et numérique.

Micro Festival, macro-énergie

Pour Jean-François Jaspers et Yannick Grégoire, organisateurs du Micro Festival qui propose une affiche internationale à 2.500 spectateurs quotidiens les 7 et 8 août à Liège, l’énergie doit être concentrée ailleurs. « Sur nos réseaux sociaux, il y a eu bien sûr quelques réactions négatives quand on a annoncé les règles du Covid Safe Ticket. Tout le monde a le droit d’avoir un avis. Mais dans l’ensemble, une grosse majorité se réjouit que l’édition 2021 se déroule dans des conditions normales. Les préventes ont bien démarré, avant même qu’on annonce les premiers noms. Il y avait une attente. Avec notre équipe, on se concentre maintenant pour mettre tout en œuvre afin que ce soit une fête totale. Le Micro Festival programme du rock, du punk, du post-rock, de l’électro. Les gestes barrières pour la musique qu’on propose, c’est la pire des crasses. Organiser un tel événement avec des tables, des bulles et des masques n’aurait eu aucun sens. Début juillet, on voyait que les « gros » comme Werchter, Dour ou les Ardentes jetaient l’éponge. A Liège, c’était le désert musical pour l’été et la rentrée. Nous avons fait une demande auprès du commissaire Corona et du cabinet de la ministre de la Culture Bénédicte Linard pour avoir le label « événement test » en utilisant le système du Covid Safe Ticket. Comme c’est le cas pour le Petit Esperanzah !, ça nous permet d’organiser notre événement avant le 13 août, date d’entrée en application du Covid Safe Ticket. Sans ça, il n’y aurait pas eu d’édition 2021 du Micro.»

Qui de la rentrée ?

Jean-François Jaspers travaille aussi pour le KulturA, à Liège. Une salle, qui, contrairement au Botanique, à Salon de Silly ou à l’Atelier 210, n’a pas encore annoncé de grosse programmation pour la rentrée. « D’intuition, je pense que dans l’état actuel des choses le Corona Safe Ticket est le meilleur outil pour les concerts que nous programmons au KulturA. Mais notre jauge est réduite. Si on tient compte des protocoles sanitaires actuellement en vigueur dans les salles de petite capacité, on priverait les gens de bonnes conditions et on perdrait de l’argent à chaque concert. Pour nous, un déficit de 200 euros par soirée, ça fait déjà très mal. Donc on attend encore en espérant que ça va bouger. »

Du changement mi-août ?

Un prochain Comité de Concertation, prévu à la mi-août, devrait donner de nouvelles balises en fonction de l’évolution de la pandémie. “Notre volonté est toujours de viser une rentrée culturelle en septembre la plus normale possible en tenant compte de la situation prise dans son ensemble, précise Bénédicte Linard, ministre de la Culture en Fédération Bruxelles-Wallonie. “La page de la crise n’est pas encore tournée. Mais le contexte général évolue, notamment grâce à la vaccination. Les événements-tests que nous avons menés établissent que les lieux culturels sont sûrs. Les professionnelles et professionnels de la culture ont montré qu’ils étaient prêts et tout à fait capables d’accueillir de public en respectant les protocoles.” La ministre de la Culture plaide pour que les normes imposées soient en adéquation avec la réalité sur le terrain. Les conditions du port du masque, les règles de distanciation et les configurations pourraient ainsi évoluer permettant à toutes les salles de viser la pleine capacité. Bref, de fonctionner (presque) comme avant…

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